Monde

Jusqu’à cet été, Paris était encore un mouroir. La place de la République, les devants du Bataclan, même la charmante placette qui abrite le "Petit Cambodge" et le "Carillon", où 15 personnes avaient été tuées, tous ces lieux étaient encore des cimetières en ville, emplis de messages enfiévrés, de bouquets. Les gens venaient s’y recueillir. Et les habitants n’en pouvaient plus. Aujourd’hui, tout a changé dans Paris. Nul n’a oublié mais la vie reprend ses droits.

Simone, 80 ans, fait partie des habitués matinaux du "Carillon", sympathique bar à l’ancienne du Xe arrondissement en métamorphose, de moins en moins populaire. Simone est une exception dans ce tableau de bobos et de hipsters. Tous les matins, au "Carillon", elle lit "Le Parisien" et fait ses mots croisés, tape la causette avec Coco, l’ancien patron du bar reparti vivre en Algérie après les faits. "Ce qui s’est passé il y a un an, c’est comme les guerres, ça ne s’oublie pas. J’ai connu Paris occupé, les mitrailleuses allemandes, les chars américains. Et pourtant, même à l’époque, les enfants continuaient à jouer", sourit-elle, en insistant : "Les gens ont besoin de passer à autre chose".

Les gens, mais aussi les responsables et serveurs des établissements. Ali, le serveur du "Carillon", consent à échanger quelques mots : "Les journalistes, c’est tous les jours. Il y a même eu un Belge qui est entré ici en demandant où se trouvait le bar qui a été mitraillé", sourit-il amèrement. Juste en face, le "Petit Cambodge" a lui aussi rouvert, sans que rien n’ait changé, ni le menu, ni la disposition. Sur la place, seul un discret graffiti permet de se souvenir de ce qui s’est passé un an plus tôt, quand trois Belges, Abdelhamid Abaaoud, Brahim Abdeslam et Chakib Akrouh, sont venus semer la mort.

Attablée à la terrasse de "La Bonne Bière", Geneviève, directrice artistique au chômage et habitante du quartier, prend le temps de siroter un café au soleil. "On est mieux sans tout ça", lâche-t-elle en évoquant les fleurs qui bardaient la devanture du bar où une personne est décédée le soir du 13 novembre 2015. "C’est bien d’avoir mis une plaque sur la place de la République, et ça suffit." Touchée comme tous les Parisiens, Geneviève n’a pas de ressentiment envers la Belgique. "La France et la Belgique, c’est un peu pareil. Pour nous, vous êtes un peu une extension (rires). D’ailleurs, votre ministre, là, Paul Magnette, il est très encouragé ici !"

En face, la pizzeria "Casa nostra" est ouverte mais fait peu de couverts. Les habitants du quartier n’ont toujours pas digéré l’affaire de la vente des images de vidéosurveillance de l’établissement à un quotidien britannique pour la somme de 50 000 euros. Le patron du restaurant est toujours en procès avec la société de production de feu "Le Petit Journal".

Quelques centaines de mètres à pied pour rejoindre le Bataclan, boulevard Voltaire. Ce jour-là, on y dévoile le nouveau sigle de la salle de spectacle. Symbole de renouveau avant sa réouverture, ce samedi, avec la superstar Sting aux manettes. En une demi-heure sur place, on y croise plusieurs personnes qui ont spécialement fait le détour pour voir ce qu’est le Bataclan, "en vrai". Ainsi, Salva et sa copine Marie, deux Espagnols venus de la région de Murcie. Quelques mots - "En Espagne, les journaux en ont tellement parlé" -, un cliché sur smartphone et c’est tout. Une maman est là ; Isabelle, venue avec son fils Tom "parce que comme ça, les choses paraissent plus réelles", dit le garçon de 10 ans. Sa maman embraye : "On adore les Belges. Ces événements ont fait qu’on n’a jamais été aussi proches, vous et nous".