Lors d'une audition devant une commission parlementaire, le controversé stratège politique de 49 ans a pris sa part de responsabilité dans les "erreurs" faites lors des semaines de début 2020 ayant suivi l'apparition du Covid-19. "La vérité est que les ministres, hauts responsables et conseillers comme moi n'avons pas été à la hauteur, de manière désastreuse, de ce que le public attend de son gouvernement lors d'une crise comme cela", a-t-il déclaré.

Mais passé ce mea culpa et ses regrets de ne pas avoir "tiré le signal d'alarme" plus tôt, l'ex-conseiller a dépeint un tableau affligeant du pouvoir à cette période, avec une haute administration non préparée et aveugle face à la dégradation de la situation, Downing Street occupé par la colère de la compagne de Boris Johnson contre un article sur leur chien, et un ministre de la Santé menteur. Concernant le Premier ministre, il voyait selon lui le Covid-19 comme une "histoire pour se faire peur", une "grippe porcine" suggérant qu'il avait envisagé de se faire infecter en direct à la télévision pour montrer qu'il n'y avait "rien à craindre". Jusqu'à mars 2020, Boris Johnson estimait que le véritable risque lié au virus était avant tout économique plutôt que sanitaire, a ajouté Dominic Cummings, jugeant que "de toute évidence" le Royaume-Uni aurait dû se confiner dès la première semaine de mars 2020, deux semaines avant que ce ne soit effectivement fait, le 23.

Johnson assume 

Interpellé au Parlement sur ces accusations, le Premier ministre a déclaré prendre "la pleine responsabilité" de la gestion de la pandémie, décrivant cette crise comme "l'une des plus difficiles" traversées par le pays depuis longtemps et affirmant qu'il avait toujours suivi les conseils des scientifiques. Six mois après son départ sur fond de luttes internes, le cerveau de la campagne victorieuse pour le Brexit en 2016 et architecte de l'éclatante victoire de Boris Johnson aux législatives de décembre 2019, se montre désormais impitoyable envers le chef du gouvernement.

Il a néanmoins éludé à deux reprises la question qui lui était posée de savoir si Boris Johnson a, comme l'affirment les médias britanniques malgré ses dénégations, dit qu'il préférait voir les corps "s'accumuler par milliers" plutôt que d'ordonner un troisième confinement. Boris Johnson aurait selon la presse prononcé cette phrase après s'être résolu, tardivement, à décréter un deuxième confinement à l'automne dernier. Il finira en janvier à en ordonner un troisième, levé progressivement au printemps.

Mensonges "réunion après réunion" 

Les attaques les plus violentes de l'ex-conseiller ont été dirigées contre le ministre de la Santé Matt Hancock, qui à ses yeux aurait dû être "viré" pour "au moins 15, 20" motifs, "notamment pour avoir menti à de nombreuses occasions, réunion après réunion", mais aussi "publiquement". Devant les députés, Dominic Cummings a également affirmé que, malgré les dénégations de celui-ci, le gouvernement britannique visait "l'immunité collective", objectif jugé alors "inévitable" consistant à laisser une majeure partie de la population développer une résistance après avoir contracté la maladie. Cette approche n'a été abandonnée que début mars 2020, une fois Downing Street averti qu'elle conduirait à la "catastrophe".

Abondamment critiqué pour ses atermoiements depuis le début de la pandémie, Boris Johnson surfe actuellement sur le succès de la campagne de vaccination. En à peine six mois, elle a permis d'administrer une première dose à plus de 72% des adultes dans le pays le plus durement frappé par la pandémie de Covid en Europe, avec près de 128.000 morts.

Et la portée des attaques de Dominic Cummings dans l'opinion pourraient rester limitées pour Boris Johnson vu sa réputation d'homme de l'ordre aux méthodes brutales et ses violations du confinement l'année dernière. Selon un sondage YouGov publié samedi dans le Times, seuls 14% des électeurs lui font confiance pour dire la vérité, contre 38% pour le Premier ministre.