Depuis l'apparition du variant brésilien (P1), suspecté d'être plus mortel et plus contagieux, les regards sont plus que jamais tournés vers le continent sud-américain. Comme d'autres avant lui, Eric Feigl-Ding, spécialiste en économie de la santé et titulaire d'un doctorat en épidémiologie, tire la sonnette d'alarme. Le temps n'est plus à s'apitoyer sur le sort du Brésil, il faut agir. "Si le variant brésilien devient incontrôlable dans le monde, nous sommes tous en danger", a-t-il prévenu sur Twitter.

Interrogé par The Intercept, le scientifique a précisé sa pensée. "Le Brésil pourrait mettre les autres pays en danger de trois façons différentes", a-t-il noté.

La première, et c'est la plus évidente, épidémiologiquement. "Des études indiquent que la variante brésilienne est plus dangereuse et plus contagieuse, le risque de réinfection serait également plus grand. Si tout cela se confirme, ce variant pourrait déclencher une nouvelle pandémie", explique l'expert qui ajoute que la souche brésilienne pourrait également être plus résistante aux vaccins. Même si on manque encore de données à ce sujet, voir le variant brésilien devenir dominant à l'échelle mondiale ne serait pas une bonne nouvelle. Heureusement, en Europe, cette souche est pour l'instant minoritaire, mais "personne n'est à l'abri", raison pour laquelle plusieurs pays ont décidé de renforcer les contrôles sur les vols revenant du Brésil.

Deuxièmement, économiquement. Toujours selon Eric Feigl-Ding, "le Brésil peut s'effondrer économiquement. Et ce n'est pas un petit pays. Comme le Brésil est interconnecté avec le monde, cela peut affecter beaucoup d'autres économies."

Finalement, en termes de démocratie. "Bolsonaro a minimisé la pandémie, refusé les conseils, refusé d'encourager le vaccin et ignoré la santé publique. En termes de gouvernance, cela crée un dangereux précédent. S'il peut ignorer la santé, la sécurité et le bien-être de ses citoyens, cela donne aux autres dirigeants autoritaires le sentiment qu'ils peuvent le faire aussi."

Que faire pour éviter cela?

Selon l'expert, il est possible d'éviter cela, à condition que le reste du monde s'intéresse au Brésil, en dépit de Bolsonaro. "Le variant P1 n'est pas un variant brésilien, mais un variant résultant de l'échec de Bolsonaro." Si les variants se développent si facilement au Brésil, c'est parce que le virus y circule beaucoup. La priorité est donc de limiter la circulation du virus. "Il faut que le monde se soucie des Brésiliens. Il y a une crise qui doit être résolue maintenant. (...) Les vaccins doivent être envoyés au Brésil, avec des dons si nécessaire. L'alliance Covax (ndlr: initiative qui vise à garantir un accès équitable aux vaccins) est importante, mais elle ne suffit pas et n'est pas assez rapide. Des pays comme l'Australie, la Nouvelle-Zélande et le Vietnam n'ont pas désespérément besoin de vaccins maintenant, mais des pays comme le Brésil en ont besoin. La réflexion à long terme implique de considérer ces questions, c'est-à-dire de considérer la pandémie comme un problème de santé mondiale."

Pour Eric Feigl-Ding, les pays qui ont le plus besoin de vaccins doivent avoir "une attention internationale". "Le Brésil est comme Fukushima, il peut mettre le monde entier en danger", résume-t-il.