Brett Hankison, l'un des trois agents mis en cause, est poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui, une charge criminelle en deçà de celle d'homicide. Il avait été licencié de la police en juin.

Il devait être placé en détention et sa caution a été fixée à 15.000 dollars.

L'infirmière de 26 ans avait été tuée en pleine nuit à son domicile le 13 mars quand les trois policiers s'y étaient présentés munis d'un mandat d'arrêt dit "no knock", qui leur permet d'entrer chez un suspect sans s'annoncer.

A leur arrivée, son compagnon avait ouvert le feu avec une arme détenue légalement. Les agents avaient riposté et Breonna Taylor avait été atteinte de plusieurs balles. Son compagnon a ensuite expliqué avoir cru à un cambriolage, les agents ne s'étant pas annoncés. Eux assurent s'être présentés avant d'entrer, une version corroborée par un témoin, selon le procureur de l'Etat, Daniel Cameron.

L'agent a tiré dix balles dont plusieurs ont terminé leur course dans l'appartement voisin de celui de Breonna Taylor, "mettant trois personnes (présentes) dans cet appartement en danger grave de blessures physiques ou de mort", a expliqué Daniel Cameron.

Ses deux collègues, Jonathan Mattingly et Myles Cosgrove, qui avaient été mis à pied, ont été mis hors de cause car ils avaient tiré en état de légitime défense.

"Discussion difficile" 

"Selon la loi du Kentucky, l'usage de la force (des agents) Mattingly et Cosgrove était justifié pour se protéger. Cette justification nous empêche de les poursuivre pour la mort de Breonna Taylor", a dit le procureur.

L'avocat de la famille de la jeune femme, Ben Crump, a dénoncé sur Twitter une décision "scandaleuse et insultante".

L'ancien policier "a été inculpé pour trois charges de mise en danger de la vie d'autrui. Ces trois charges sont pour des balles qui ont fini dans d'autres appartements mais RIEN pour ce qui est arrivé" à Breonna Taylor, a-t-il écrit.

Cette décision est "un déni grossier de justice", a commenté l'Association de défense des droits des minorités de couleur NAACP.

La puissante organisation de défense des droits civiques ACLU a elle dénoncé "un maintien de l'ordre et un système de justice criminelle pourris jusqu'à l'os".

Sa mort n'avait pas attiré beaucoup d'attention dans un premier temps, mais elle est revenue sur le devant de la scène dans le cadre des grandes manifestations antiracistes qui traversent les Etats-Unis depuis la mort de George Floyd, un quadragénaire noir étouffé par un policer blanc à Minneapolis fin mai.

Depuis, des manifestants dénoncent régulièrement à Louisville les brutalités policières à l'encontre de la minorité noire.

Un important dispositif de sécurité était en place mercredi dans le centre-ville par crainte de manifestations qui pourraient dégénérer.

La municipalité, qui a appelé la population au calme, a décrété l'état d'urgence et bloqué les accès au tribunal, qui a été protégé par du contreplaqué.

"Je sais que ces charges annoncées aujourd'hui ne satisferont pas tout le monde", a admis le procureur Cameron, avouant avoir eu "une discussion difficile" avec la famille de Breonna Taylor.

Il a appelé ceux qui manifestent dans la rue "à se rappeler que des marches pacifiques" étaient leur "droit en tant que citoyen américain, provoquer la violence et les destructions" ne l'étaient pas.

"Chercher la justice par la violence n'est pas rendre la justice, c'est de la vengeance", a-t-il affirmé.