Une annonce postée sur le site du Buffalo Philharmonic Orchestra (BPO) a récemment attiré l'attention du média conservateur américain National Review. Il s'agit d'une annonce pour le poste de "Conductor Diversity Fellow", soit une offre pour devenir adjoint au chef d'orchestre. Mais il y a une subtilité : il ne s'agit pas d'un emploi, mais bien d'une "bourse" pour la diversité. 

Dans la fiche de poste , l'orchestre précise en effet accepter les candidatures de ceux qui " s'identifient comme membres de groupes historiquement sous-représentés dans les orchestres américains, y compris, mais sans s'y limiter, les Afro-Américains, les Hispaniques, les Amérindiens, les Amérindiens d'Alaska, les Amérindiens hawaïens ou les insulaires du Pacifique ". La bourse exclut de fait les asiatiques et les blancs - qui sont déjà largement représentés au sein des orchestres -, même si le BPO ne l'écrit pas noir sur blanc. 

Un emploi caché ?

Si vouloir augmenter la diversité et la représentation de minorités au sein de son orchestre est un but louable, la bourse offerte par BPO pose problème à certains observateurs qui y voient plutôt une offre d'emploi dissimulée. A la lecture de la fiche de poste, on se rend effectivement compte que les responsabilités liées au poste sont pratiquement identiques à celles d'un chef d'orchestre assistant dans les orchestres homologues. De même, sa rémunération, qui s'élève à 35 000 dollars par an, comprend une "allocation de logement", une "allocation de subsistance" et des prestations de santé. Selon le National Review, celle-ci correspondrait à un salaire compétitif sur le marché pour un poste similaire dans un orchestre de même taille. Et c'est justement là que ça coince.

Si les bourses sont bel et bien en mesure de contourner les lois anti-discrimination, ce n'est pas le cas des emplois classiques. Les réglementations en vigueur aux Etats-Unis stipulent qu'aucune offre d'emploi ne peut dissuader un candidat de postuler en raison de sa race. Certains soupçonnent dont le Buffalo Philharmonic Orchestra de faire preuve de malhonnêteté afin de pouvoir faire preuve de discrimination positive à l'embauche.

Mais le BPO n'est pas le seul à proposer une bourse de ce type. La pratique est courante et se retrouve également au sein d'autres orchestres américains, comme le Cincinnati Symphony Orchestra ou encore le Detroit Symphony Orchestra.

"Du racisme pur, simple et décomplexé"

En voulant lutter contre le racisme, l'orchestre ferait-il lui-même preuve de racisme ? Dans un message posté sur Twitter, la violoniste Sino-Canadienne Zhang Zhang dénonce la discrimination à l'emploi qu'exerce le BPO. " Au moins, ils le disent clairement dès le début ", a-t-elle écrit en partageant un article sur le sujet.


L'information, partagée via plusieurs comptes Twitter liés à l'extrême droite, a fait réagir de nombreux internautes et relancé une nouvelle fois le débat quant à l'anti-racisme. De nombreux internautes dénoncent une "dérive délirante" et un "racisme pur, simple et décomplexé".

Education et sensibilisation

L'initiative du BPO n'est pas nouvelle. Le monde de la musique classique essaye depuis plusieurs décennies de créer de nouvelles voies d'accès pour les jeunes artistes issus de minorités afin de remédier aux déséquilibres raciaux. Des programmes musicaux ont été développés dans des écoles publiques et des campagnes de sensibilisation sont faites afin de faire découvrir la musique classique aux jeunes qui y étaient jusqu'alors rarement exposés.

Et la stratégie est payante : nombreux sont les jeunes artistes qui décrochent des postes convoités dans les orchestres américains, même si le chemin reste long. Dans la musique classique comme ailleurs, il faudra encore du temps pour que les choses changent.