Les Sud-Africains sous le choc d'une vidéo montrant un entraînement de la police canine

JOHANNESBURG L'Afrique du Sud était mercredi sous le choc d'un documentaire d'une rare violence diffusé mardi, montrant six policiers blancs exerçant longuement leur chiens à l'attaque sur des suspects noirs, et qui a entraîné l'arrestation immédiate des six officiers.

Toute la presse a accordé sa une au documentaire diffusé par la SABC-TV, qui ravive un débat sulfureux sur la transformation de la police post-apartheid, et plus généralement sur la persistance de poches de racisme cru à maints niveaux de la société, après six ans de démocratie multiraciale. `Appâts vivants´, titre The Citizen en une, avec une photo pleine page d'une des victimes, sauvagement mordue par un berger allemand et piétinée par son maître. La vidéo amateur a été filmée en janvier 1998, visiblement par un autre policier, à usage interne d' `exercice d'entraînement de chiens´. La chaîne SABC en a obtenu copie fin octobre.

Dans ce film, trois hommes, présentés comme des immigrés clandestins, sont battus, couverts d'insultes raciales, et surtout attaqués à tour de rôle par quatre chiens, sous les hurlements en afrikaans des maîtres-chiens qui les excitent et les encouragent, ou plaisantent entre eux. Tandis que les victimes clouées au sol lancent des `please baas´ (s'il vous plaît patron).

Dès avant la diffusion sur la SABC-TV, le film avait été projeté au ministre de la Sécurité Steve Tshwete et au chef national de la police Jackie Selebi, interviewés dans l'émission. Les six policiers afrikaners de l'Unité canine de l'East Rand (Est de Johannesburg) étaient sous les verrous au moment de la diffusion. Ni la SABC ni la police ne savent ce qu'étaient devenues les victimes. Les six policiers, deux inspecteurs et quatre sergents, comparaîtront ce jeudi et devraient être inculpés `de tentative de meurtre entre autres´, a déclaré M. Tshwete, qui s'est dit `horrifié et scandalisé par ce criant étalage de brutalité et de racisme, susceptible de causer de graves tensions raciales et de nuire à notre image internationale´.