Monde Les 28 États-membres de l'Union européenne ont décidé mardi de prolonger de 5 ans l'autorisation en Europe du glyphosate, un herbicide "probablement cancérogène" et très décrié parmi la population européenne.

Après un an et demi de tergiversation, de propositions de la Commission européenne et de négociations entre les 28 Etats membres, ceux-ci ont décidé de la prolongation du glyphosate à la majorité qualifiée. La majorité qualifiée est le seuil à atteindre pour qu'une proposition soit validée. 

Le "pour" ou le "contre" doit recueillir 55% des 28 états, soit au moins 16 états, représentant au moins 65% de la population européenne. Et jusqu'ici, les Etats ne parvenaient pas à atteindre cette majorité qualifiée. Lors du dernier vote sur le sujet, au début du mois de novembre, 9 pays avaient voté contre et 5 s'étaient abstenus.

Ce mardi, les Etats étaient à nouveau réunis pour renouveler la licence du glyphosate pour 5 ans. Un vote qualifié de "vote de la dernière chance" puisque la licence européenne du glyphosate prenait fin le 15 décembre prochain. Si le blocage avait persisté lundi, la Commission aurait dû trancher elle-même de manière unilatérale, en se mettant à dos, soit le secteur de l'agriculture qui est pro-glyphosate, soit l'opinion publique européenne qui est globalement contre.

Finalement, une majorité qualifiée s'est détachée : 18 Etats ont voté pour dont l'Allemagne qui s'était pourtant abstenue en novembre. Grâce à ses 82 millions d'habitants, l'Allemagne a clairement fait pencher la balance pour atteindre la majorité qualifiée. Problème : cette décision était loin de faire consensus au sein des ministres allemand.

"A 12 h 30, deux heures avant le vote, j’ai eu un entretien téléphonique avec mon collègue [ministre de l’Agriculture] Christian Schmidt, a expliqué Barbara Hendricks, ministre allemande de l’Environnement à Libération. Je lui ai clairement expliqué que j’étais toujours opposée à une autorisation du glyphosate, même sous certaines conditions. Dès lors, il était clair que l’Allemagne devait s’abstenir lors du vote. A 13 h 07, mon collègue me confirme par SMS cette position. Seulement, au même moment, le représentant du ministère de l’Agriculture à Bruxelles reçoit une autre consigne."

Ce retournement de situation est à analyser dans le contexte de crise politique en Allemagne et de tensions entre, d'un côté, la CDU de Merkel et du ministre Schmidt et de l'autre le parti social démocrate (SPD), parti de la ministre Hendricks, partenaire de coalition de Merkel. 

Ainsi,  il semble que la Chancelière ait décidé de favoriser son parti, et son aile conservatrice la CSU, quitte à se brouiller avec le SPD qui réfléchissait ces derniers jours à rejoindre Merkel dans une nouvelle coalition. 

Autre conséquence notable, la divergence de vue avec la France qui a voté contre.