Faut-il installer la batterie domestique de Tesla chez vous?

La première Tesla Powerwall, batterie de stockage d’énergie, a été installée en Belgique ce jeudi. On pèse le pour et le contre.

Alexis Carantonis
Photos Bernard Demoulin: Batterie Tesla Powerwall pour la maison
Photos Bernard Demoulin: Batterie Tesla Powerwall pour la maison ©© Bernard Demoulin

La première Tesla Powerwall, batterie de stockage d’énergie, a été installée en Belgique ce jeudi. On pèse le pour et le contre.

Il s’appelle Manu, la soixantaine, une jolie villa à Wavre-Sainte-Catherine (Brabant flamand) pourvue, depuis ce jeudi, d’un produit énergétique qu’il est le seul du pays à posséder : la batterie domestique de Tesla. Un nouveau compagnon pour épauler les 14 panneaux photovoltaïques qui coiffent sa toiture malinoise.

Eneco, producteur et fournisseur d’énergie (260.000 clients en Belgique) est, pour l’heure, le seul à proposer la vente et l’installation de la fameuse batterie Powerwall de Tesla. La start-up d’Elon Musk, réputée pour ses voitures qui ont rendu l’électrique automobile sexy et sportive, a un but avec ce produit : amener les ménages vers l’autonomie énergétique. Questions ? Réponses.

1. La batterie domestique, qu’est-ce que c’est ?

Prenez la batterie Li-Ion de votre smartphone ou PC portable. Vous visualisez ? Eh bien, une batterie domestique comme Tesla ou Mercedes les commercialisent. C’est pareil, mais en plus grand, sauf qu’on lui adjoint un système de refroidissement et qu’on la relie, en entrée, à vos panneaux photovoltaïques (ou au réseau), et en sortie, à votre tableau électrique.

2. Ça sert à quoi ?

Simple : à stocker de l’énergie. Principalement celle qui est produite par des panneaux solaires, qui atteignent souvent leur pic de rendement lorsque personne n’est à la maison (vers 12 h) et où les besoins en électricité sont infimes. Plutôt que d’injecter l’énergie produite par vos panneaux dans le réseau, avec une batterie type Powerwall, vous la conservez au chaud, pour l’utiliser lorsque vous en avez besoin : le matin, en soirée. Il est aussi possible de programmer la batterie pour qu’elle se recharge sur le réseau classique mais la nuit. Histoire de stocker de l’électricité lorsqu’elle est la moins chère, pour l’utiliser, ensuite, lorsque le réseau la facture plus cher.

3. On pourrait être autosuffisant, avec des panneaux et une batterie de ce type ?

Sur papier, oui, mais, ici, ce sera très compliqué. La batterie ne dispose pas d’une capacité suffisante (elle est de 6,4 kW) pour répondre, à tout moment, en toutes saisons, aux besoins d’un ménage. Bien sûr, on peut toujours installer plusieurs batteries… Mais l’ensoleillement en Belgique reste ce qu’il est.

4.  Ça vaut le coup, alors ?

D’un point de vue rentabilité économique… pas vraiment. Du moins pas en Wallonie et à Bruxelles, qui pratiquent la facturation nette : si vous avez des panneaux photovoltaïques, lorsque vous produisez plus que vous ne consommez, le compteur tourne à l’envers, un peu comme si vous stockiez l’électricité. En Flandre, c’est différent : on y applique le tarif prosumer. Qui, en gros, réclame 400 € par an en moyenne aux Flamands équipés de panneaux photovoltaïques qui injectent de l’électricité dans le réseau ! Mais, même en Flandre, pas dit que la Powerwall soit intéressante financièrement : la batterie de Tesla est vendue 3.500 €, mais en comptant l’installation complète et la pose d’un onduleur double-flux adapté (obligatoire pour convertir le courant continu en courant alternatif), Eneco fixe le prix total de l’opération entre 5.900 € et 7.700 €. Selon le modèle de rentabilité le plus profitable (une grosse installation photovoltaïque et une consommation normale), il faudra, en Belgique, neuf ans pour amortir l’investissement que représente une batterie à domicile signée Tesla. Pas génial, d’autant plus que, comme la batterie Li-Ion de votre mobile, l’efficacité de la Powerwall va, c’est scientifique, péricliter avec les années… même si Tesla se garde bien de communiquer cette donnée.

De deux choses l’une, donc : soit le coût d’une Tesla Powerwall est encore trop élevé. Soit le prix de l’électricité en Belgique est trop bon marché pour justifier sérieusement pareil investissement. Le jour où la tarification de l’électricité changera, et qu’elle sera plus chère en heures de pointe, là, il sera peut-être temps de changer de position…

5. Alors, on en reste là ?

Non ! La Tesla Powerwall (et ses équivalents) n’est qu’un début, et une pièce du puzzle dans l’aventure de la décentralisation électrique. Dans des contrées plus éloignées (et plus ensoleillées), elle se montre déjà plus pertinente. Avant qu’elle soit vraiment utile en Belgique, il faut lui laisser un mérite : c’est un générateur d’urgence plus vert, fin, discret, silencieux, automatisé et fiable que votre vieux générateur au fioul qui réveille tout le quartier…


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