Euro 2016: déjà 250 demandes d’écrans géants !

La folie des écrans géants va reprendre ses droits en Belgique, avec l’Euro 2016. Des droits que l’UEFA et la RTBF entendent bien faire respecter (voire monétiser)… Récapitulatif.

Alexis Carantonis & Laurent Saublens
Ecran geant stade roi baudouin Belgique Algerie
Ecran geant stade roi baudouin Belgique Algerie ©stephanie Lecocq

La folie des écrans géants va reprendre ses droits en Belgique, avec l’Euro 2016. Des droits que l’UEFA et la RTBF entendent bien faire respecter (voire monétiser)…Récapitulatif.

L’imminent Euro 2016 suscite-t-il plus d’enthousiasme que la Coupe du Monde 2014 ? Si l’on se fie au curseur des demandes de diffusion des images des matches sur écran géant, la réponse est sans conteste : oui. "À ce stade, la RTBF - - qui est pour rappel détentrice exclusive des droits de diffusion de l’Euro en Belgique, NdlR - a reçu 250 demandes d’exploitation de ses images sur écran géant. Elles sont en phase d’atterrissage", nous confirmait hier Bruno Deblander, porte-parole de l’institution médiatique publique.

Lors de la dernière Coupe du Monde, à 48 heures du coup d’envoi, seules 200 demandes avaient été déposées au Département Marketing Opérationnel de Reyers.

Places en liesse, bars en folie, rues chantantes, ces phénomènes, on l’a vu en juin 2014, trouvent souvent leur épicentre autour d’un écran géant. La fête, certes, mais réglementée : on ne fait pas ce qu’on veut avec les images des matches de l’Euro. L’UEFA, organisatrice de la compétition, balise sérieusement le procédé, même si certaines règles ont été assouplies (notamment la taxe de diffusion portant sur la taille de l’écran, remplacée par celle sur le nombre de spectateurs). Il n’empêche dans certains cas de figure, la détention d’une licence UEFA pour organiser la retransmission du match sur écran géant est incontournable. Et le paiement d’une somme à l’organisme footballistique, également… Gare aussi à la confusion : si l’UEFA chapeaute toute l’organisation, en Belgique, pour Bruxelles et la Wallonie du moins, c’est la RTBF qui gère les octrois de licence - - mandatée par l’UEFA. C’est donc à elle qu’il faut adresser toute demande. Rappel des différents cas de figures.

C’est gratuit pour…

1. L’Horeca

Si un bar, un café, un estaminet, bref, un établissement horeca, organise la diffusion des matches de l’Euro, sur la télé habituelle de l’établissement, un projecteur ou au moyen d’un écran géant, la diffusion est gratuite.

2. Les festivités récurrentes

Les événements préalables à l’Euro, récurrents, planifiés de longue date et qui se seraient tenus, Euro ou non, sont exemptés également. Ni licence, ni frais à débourser. Une bonne nouvelle pour les festivals, braderies, marches, fancy-fairs et autres joyeusetés. Une seule condition toutefois : "la RTBF doit être associée, à travers ses marques média VivaCité et La Une ou La Deux (en fonction des matches diffusés), comme média, à toute communication relative à la diffusion du/des matches (es) en amont (site internet, annonce presse, folder…) et sur place durant l’événement."

C’est payant pour…

1. Les événements publics de moins de 300 personnes

Hors cafés et restaurants (lire plus tôt), un événement organisé spécialement pour la diffusion d’un ou plusieurs matches de l’Euro sera en revanche payant, même s’il accueille moins de 300 personnes. Un minimum de 150 € hors TVA devra être acquitté par les organisateurs avant la diffusion. Les clubs sportifs, comités de fêtes, associations de jeunesse, etc. sont concernés. La RTBF doit également et impérativement y être, d’un point de vue marketing et publicité, associée.

2. Les événements publics de plus de 300 personnes

C’est ce que la RTBF appelle, dans sa nomenclature, des "événements publics majeurs". Ce sont les plus strictement balisés. Primo, d’un point de vue géographique. La donne est claire : un seul événement par commune (sauf en cas de grosse densité de population ou de territoire très étendu), officiellement soutenu par les autorités officielles. "Nous voulons éviter certaines situations de 2014, où plusieurs écrans géants étaient parfois situés dans un rayon très proche, dans la même commune", nous dit Bruno De Blander.

Deuzio, d’un point de vue financier. Un droit de diffusion, calculé sur base de la capacité théorique d’accueil du site où a lieu l’événement, du nombre de jours de diffusion et du fait que l’entrée à l’événement est ou non payante devra être préalablement acquitté. En gros, les organisateurs devront débourser minimum 1 € par spectateur accueilli par jour si leur événement est gratuit, et 1,50 € maximum si l’entrée est payante. Le tout hors-TVA. Ici, la RTBF est encore plus gourmande sur sa visibilité : elle réclame le titre de co-organisateur, avant tout autre sponsor, et un droit de regard préalable sur le matériel de communication et sur la visibilité sur place…

Y aura-t-il une milice RTBF des écrans géants, amenée à contrôler les éventuels resquilleurs ? "Pas du tout, précise le porte-parole de la RTBF. Par ailleurs, précisons que les règles imposées n’émanent pas de la RTBF, mais du cahier de charges de l’UEFA... Je ne suis pas sûr que des huissiers de l’UEFA circuleront en Wallonie et à Bruxelles. L’idée est surtout d’encadrer au mieux l’événement, pour que la fête n’en soit que plus belle !".


Virginie Segers, employée communale: "Des communes attendent"

"Ici à Orp-Jauche, l’échevinat des Sports est demandeur de ces écrans géants. L’administration souhaite rassembler le maximum de monde pour cet événement festif et convivial dans le hall communal où une capacité de 600 personnes est proposée. Mais visiblement, à la RTBF, on est victime du succès. Après un premier contact m’invitant à fournir une série de données et dont le nécessaire a été fait, nous n’avons toujours pas reçu la moindre confirmation malgré plusieurs rappels. Pourtant, cela commence à presser vu les délais. Nous avons déjà loué les écrans et réalisé les démarches auprès de Proximus pour avoir une connexion internet dans la salle. La commune a donc déjà investi pour ces retransmissions populaires."


L’Euro, machine à vendre des télés

Le leader du marché compte bien booster ses ventes durant le tournoi. "D’au moins 16 %"

Humez-vous ce parfum de ferveur eurofootballistique, qui commence à souffler sur nos diaboliques contrées ? À un peu plus de vingt jours de l’entrée en lice des Diables rouges en France, même si le terrain de jeu de nos athlètes peut difficilement être plus proche géographiquement, pour l’immense majorité des Belges, c’est derrière un écran que l’aventure se vivra. Qu’il soit géant, dehors, ou… géant, dans votre salon.

L’agressivité du marketing publicitaire ne vous aura pas échappé : l’industrie veut, très fort, que vous achetiez une nouvelle télévision pour suivre au mieux l’Euro

Samsung, leader du marché belge, où il possède pratiquement 50 % du gâteau (en valeur, c’est moins en unités), ne dément pas. "Les grandes compétitions sportives comme la Coupe du Monde, l’ Euro et dans une moindre mesure les Jeux Olympiques", constituent effectivement des opportunités à ne pas louper pour un fabricant de télévisions, confie Kris Hellebuyck, Product Manager TV chez Samsung Benelux. "Mais aussi pour le consommateur, vu l’agressivité des promotions pratiquées… Nous avons prévu, durant ce deuxième trimestre, de vendre 16 % de télévisions de plus qu’au même trimestre, mais en 2015. C’est l’effet Euro …"

Pourtant, l’année historique, pour la Belgique, celle du pic des ventes de téloches, correspond à une année… vierge de grande compétition sportive. "C’est en effet en 2011 que le marché de la télé a explosé en Belgique. On a vendu, à l’époque, plus d’un million de téléviseurs. En 2015, le nombre s’était figé à 692.000 unités. L’explication ? Beaucoup de gens possédaient alors, encore, un téléviseur à tube cathodique. Et c’est la première année où les écrans plats, et la HD, ont été démocratisés…"

Depuis, l’écran de la famille s’est encore aminci, a fait exploser le nombre de centimètres de sa diagonale ("15% du marché est composé de diagonales de plus de 55 pouces, soit 138 cm !"), a fortement réduit son poids, s’est connecté à Internet, piloté à la voix ou aux gestes, a vu mourir le plasma et émerger le LED en attendant l’OLED, et il a changé trois fois de définition : d’abord on a parlé de HD Ready, puis de Full-HD et, depuis deux ans, l’industrie nous vante les "indispensables mérites" de l’Ultra Haute-Définition (UHD, appellé 4K par ailleurs). "Une télévision sur trois vendue en 2016 en Belgique sera 4K/UHD. Et près d’un téléviseur écoulé sur dix sera incurvé…"

Pour autant, le Belge n’est pas un compulsif du téléviseur. "Il en change tous les 6 à 7 ans. En revanche, quand il change, c’est souvent pour acheter plus grand. Que son ancienne ou que celle de son voisin ! Le moment est parfait : les promotions, avec l’ Euro , sont déjà spectaculaires. Pas la peine d’attendre les soldes de juin, les ristournes sont plus fortes maintenant. D’ailleurs, Samsung offre une montre Galaxy Gear S2 ou un cashback équivalent sur certains de ses téléviseurs. Indépendamment de la promo que pourrait encore appliquer le magasin ! Et si les Diables gagnent l’ Euro , on double ce cadeau !"


Une chaîne belge en 4K ? "Pas avant Reyers 2020"

La 4K (ou UHD), c’est donc une image, nous promet-on, quatre fois plus précise qu’une image Ful HD. Littéralement quatre fois, si l’on se réfère au nombre de pixels affichés à l’image : 1920x1080 sur une image Full HD; 3840x2160 sur une image UHD 4K. L’Euro 2016, vitrine footballistique et technologique, sera bien entendu (partiellement) capté en 4K. D’ailleurs, TF1 et M6 diffuseront bien l’événement en 4K, en exclusivité pour les clients de la dernière box 4K d’Orange (France). En Belgique, il sera impossible de voir les artistes du ballon rond se produire en ultra haute-définition avant un bail… Cécile Gonfroid, directrice générale des Technologies et Exploitation à la RTBF, joue la franchise : "Honnêtement, aujourd’hui, on est encore nulle part. La RTBF, les autres broadcasters, les opérateurs… Nous ne sommes pas prêts. Je reviens du NAB de Las Vegas, salon précurseur en matière de captation et de diffusion. Où l’on parlait plus encore de la norme HDR que 4K ! Qui plus est, passer à la 4K impliquerait un coût majeur, puisque c’est toute la chaîne de production qui devrait être remplacée. Or, les broadcasters n’ont pas nécessairement les moyens de consentir pareil investissement… Puis, les opérateurs sont-ils prêts à nous diffuser, si on leur amène un signal 4K demain ?" VOO, qui vient de proposer la première chaîne 4K du pays (Festival 4K), en tout cas, scande qu’il l’est : "Oui mais au détriment d’autre chose… Un opérateur doit sacrifier des chaînes analogiques en SD ou des chaînes HD pour accueillir une chaîne 4K. Faute de place, tout simplement."

Bref, la 4K à la RTBF ? "Je ne vois rien venir avant notre nouveau bâtiment, Reyers 2020…"

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