Twitter saisit la justice contre Musk : "Avec cette affaire, le patron de Tesla s'est mis à dos toute la planète économique"

Le réseau social vient de saisir la justice pour "forcer" le milliardaire à finaliser son rachat. Au sortir de cette affaire, plusieurs scénarios sont possibles.

Il n'est pas impossible qu'un troisième acteur entre en jeu.
Il n'est pas impossible qu'un troisième acteur entre en jeu. ©Belga Image

Nouvelle péripétie dans la saga concernant le rachat de Twitter par Elon Musk. Le réseau social vient de saisir la justice pour "forcer" le milliardaire à finaliser son rachat. Pour rappel, Elon Musk s'était engagé fin avril à acquérir Twitter pour le montant de sa valorisation alors estimée à 44 milliards de dollars. Mais le patron de Tesla s'est rétracté la semaine dernière avec pour justification l'opacité sur le nombre de faux comptes.

"Twitter a décidé d'attaquer Elon Musk en justice dans le Delaware, Etat où a été établi le contrat de rachat", pose Damien Van Achter, entrepreneur en médias et directeur de l'innovation et du numérique chez Boukè (Namur). "Selon moi, avec cette manœuvre, le réseau social cherche surtout à donner sa propre version de l'histoire. Depuis le début, on assiste en effet à deux story tellings différents, ponctués de tweets excentriques du multientrepreneur. Twitter veut aussi montrer à Musk qu'il n'est pas si facile de se retirer de l'opération".

Dans les prochaines semaines, les avocats d'affaires des deux parties ne vont donc pas chômer, à prouver d'une part que toutes les informations demandées par Musk ont bien été communiquées, ou d'autre part que le nombre de faux comptes est opaque.

D'après la loi américaine, il est théoriquement possible qu'après l'examen du dossier par un juge d'une cour spécialisée en droit des affaires, Elon Musk soit finalement obligé de mener à bien le rachat. Il existe cependant des "événements spéciaux" qui pourraient mettre fin à l'accord, comme par exemple le fameux débat sur le nombre de faux comptes. Souvent tenue secrète par les réseaux sociaux, cette donnée influe directement sur le nombre d'utilisateurs actifs réels, donc sur la rentabilité et in fine la valorisation de l'entreprise.

Affaiblir Twitter

"Quand on souhaite faire une offre de rachat, on fait ce qu'on appelle une due diligence en dressant un état des lieux précis de la situation de la société visée", poursuit Damien Van Achter. "Toutefois, au cours de cette opération, Elon Musk n'a pas formellement demandé les chiffres sur les faux comptes (information non publique mais que Twitter aurait été obligé de communiquer, NdlR). Musk s'en est soucié seulement après, c'est pourquoi on peut penser que cet argument est juste un prétexte pour spéculer à la baisse et retirer son offre de rachat."

Pour certains observateurs, le patron de Tesla n'aurait jamais vraiment eu l'intention de mettre la main sur le réseau social. "S'il avait vraiment envie de racheter, malgré les faux comptes, l'opération suivrait son cours normalement. Il est possible qu'Elon Musk fasse tout ce cirque simplement pour prouver sa puissance en montrant qu'il est capable de rassembler 44 milliards de dollars, et pour affaiblir le réseau social avec lequel il est en désaccord sur le principe de la liberté d'expression. D'autre part, si l'acquisition venait tout de même à se concrétiser, la bataille juridique actuelle permet à Musk de déstabiliser Twitter au niveau de son management interne, dans le but de mieux s'en emparer par la suite", analyse Damien Van Achter. "C'est aussi une bonne manière de faire baisser le prix", complète Xavier Degraux, consultant et formateur indépendant en réseaux sociaux et en marketing numérique.

Les deux parties ont jusqu'au 24 octobre prochain pour finaliser l'opération comme le prévoit le contrat de rachat, qui stipule également qu'en cas de rupture, Elon Musk pourrait avoir à payer un milliard de dollars d'indemnités.

Un troisième acteur ?

Pour Xavier Degraux, au sortir de cette affaire, il existe trois scénarios possibles. D'abord, Twitter et Musk pourraient trouver un accord à l'amiable dans lequel le milliardaire aurait à payer des indemnités pour transaction non aboutie. "Le montant serait sûrement de plusieurs milliards et non pas d'un seul milliard, car ce premier montant concernait l'éventualité où Musk ne réussirait pas à rassembler les 44 milliards, ce qui au vu de ses nombreux actifs est peu crédible", précise Xavier Degraux.

Autre possibilité, le rachat a bien lieu mais à plus faible coût que les 44 milliards de dollars mis en jeu initialement. "Il faut dire que Musk n'a pas eu de chance. Après avoir fait son offre, les marchés et notamment les valeurs technologiques ont chuté. C'est sans doute pourquoi le patron de Tesla essaye, avec le dossier des faux comptes, de racheter Twitter à un montant plus raisonnable, qui serait sans doute de 20 à 25 milliards au vu du contexte boursier actuel", explique le consultant en réseaux sociaux.

Troisième option, il n'est pas impossible qu'un troisième acteur entre en jeu. Un "chevalier blanc" pourrait en effet profiter de la pagaille entre Twitter et Musk pour racheter le réseau social. "Ce ne sera pas Meta car les régulateurs américains ne le permettraient pas, ni Microsoft qui a déjà LinkedIn. Par contre, des acteurs qui ne manquent pas de liquidités comme Google, Oracle ou Salesforce pourraient profiter du timing pour faire une bonne affaire" .

Le fin mot de l'histoire devrait donc être prononcé cet automne, à moins que la querelle ne soit prolongée par d'éventuels recours en justice. "Avec cette affaire, Elon Musk vient de se mettre à dos toute la planète économique , conclut Xavier Degraux. Et il a d'autres business à gérer avec Tesla, SpaceX et Neuralink. Au vu de ses multiples activités et de la mauvaise publicité générée par l'opération, il vaudrait mieux pour le milliardaire que l'affaire se termine rapidement" .

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