Si le.com a pour l’heure 270 voisins, il en comptera bientôt 1.000 de plus. Le point avec Gianni Chiarolini, expert en noms de domaine

BRUXELLES On n’en parle pas. Ou si peu. Pourtant, aux États-Unis, la chose est vulgarisée, faisant l’objet de spots télévisés réguliers. Et c’est compréhensible : mine de rien, c’est une véritable révolution qui attend les internautes du monde entier. La manière d’interagir avec la barre d’adresse de nos navigateurs Web sera, dès 2013, complètement chamboulée. En cause ? Une réforme en profondeur du système de noms de domaine des adresses Web.

L’Icann (l’autorité de régulation officielle pour l’attribution des noms de domaine) a effectivement permis, avec l’été dernier en guise de date butoir, à quiconque le désirait (autorités, entreprises...) d’enregistrer sa propre extension générique de premier niveau. Charabia ? Pas de panique. Extension générique de premier niveau , c’est le terme qui termine l’URL d’un site Web, celui le plus à droite.

Encore plus concrètement, il existe aujourd’hui à peu près 270 extensions, quelle que soit l’adresse Web visitée : 250 sont nationales (.be, .nl, .it, .es...) et une vingtaine sont génériques (.com, reine de toutes, mais aussi .net, .info, .org...).

“La première nouvelle extension est attendue en septembre 2013. D’ici mi-2014 déjà, il pourrait bien y avoir, en plus des 270 extensions en cours aujourd’hui, 1.000 à 1.500 nouvelles extensions !” , nous éclaire Gianni Chiarolini, spécialiste des noms de domaine chez Register.be.

2.000 dossiers ont été entrés à l’Icann, qui est en train de les débroussailler. “Tous ne seront évidemment pas acceptés. Il est communément admis qu’environ la moitié devrait passer à la trappe. Et sur les 1.000 qui resteront, on estime que la moitié devrait être fermée au public. Exemples : un .ikea, un .microsoft ou un .rolex.”

Le gros changement, selon l’expert, est toutefois ailleurs. “La spécialisation, sur le Web, est un concept qui a déjà largement fait ses preuves. On peut donc s’attendre à un vif succès de la part des futures extensions telles que .hotel, .shopping, .restaurant, .bank, .sport ou .fashion, notamment.”

Qui a déposé ces propositions de nom de domaine ?  “Des conglomérats, bien souvent. Pour .bank, c’est une association de plusieurs banques. Pour .hotel, il y a même eu une concurrence féroce entre deux conglomérats hôteliers ! Il y aura forcément des entreprises qui seront laissées sur le carreau. Mais en termes d’image, de marketing et d’économie, il est vraiment crucial que les entrepreneurs belges se rendent compte du changement qui s’annonce. J’ai tenté personnellement de convaincre certaines de nos entreprises les plus visibles, mais sans grand succès : AB Inbev a refusé d’enregistrer .beer. Je leur avais également proposé d’enregistrer .bud, suite à leur acquisition de Budweiser, mais sans réussite: ils ne voulaient pas entrer en concurrence avec une autorité civile, et il se murmurait que la ville de Budapest lorgnait déjà vers le .bud. J’ai également tenté ma chance chez Côte d’or, toujours en vain…”

Il n’y a donc aucune entreprise belge qui a sollicité une nouvelle extension. Ce qui n’est pas le cas de nos autorités. “Des demandes on été effectuées pour .gent, .brussels et .vlaanderen. Pour une entité régionale, en termes d’image, il est très important de saisir la balle au bond.” Une balle que la Wallonie a préféré... ne pas intercepter. “C’est ma grande frustration, en tant que wallon. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé ! J’ai tenté plusieurs fois de provoquer une réunion avec monsieur Demotte. “Dans deux mois”, “plus tard”, “ce n’est pas notre priorité à l’heure actuelle”, voilà le genre de réponses, en substance, que j’ai reçues de ses chargés de communication. Résultat : .wallonie n’existera pas, sauf en cas de second appel d’offres de l’Icann. Et à condition, cette fois, que la Région wallonne y aille !”



© La Dernière Heure 2013