Plate forme du jeu vidéo (mais pas que) et du direct (mais pas que), Twitch a grossi à vue d'oeil avec le grand confinement. Au point de faire de l'ombre à YouTube. Mais quels sont donc les codes et la philosophie ce se service, où La DH est le premier média belge à disposer d'une chaîne ? 

Si vous êtes peu familiers avec les termes "casteur", "streamer", "twitcher" ou encore "review", "viewer", ne bougez pas d'un poil : vous êtes au bon endroit. Il est temps de se mettre à jour sur le phénomène Internet potentiellement le plus marquant de ce début 2020 (avec TikTok) : la percée de Twitch. Oh on vous entend d'ici, les adeptes de la première heure : Twitch n'est pas né hier. Certes. Mais le service est entré, dernièrement, dans une autre dimension. Parlons-en !

Twitch, qu'est ce que c'est ?

Twitch, à la base, c'est une plate-forme en ligne américaine, créée en 2011 par le site américain de chaînes pluridisciplinaires justin.tv. Constatant que le volet jeu vidéo de justin.tv grossissait à vue d'oeil, l'entreprise a décidé de délocaliser toute cette matière vidéoludique vers une plateforme dédiée : twitch.tv. Aujourd'hui, justin.tv est mort (il l'est d'ailleurs depuis 2014). Et Twitch.tv est au mieux de sa forme !

Initialement, Twitch se destinait à être, pour schématiser le propos, le YouTube du jeu vidéo en direct. On y assistait à des sessions de jeu en live, streamées par des créateurs de contenus vers leurs communautés de spectateurs passionnés de jeu vidéo, ou à des compétitions esportives (le jeu vidéo au sens compétitif, sportif du terme). C'est encore le cas, bien entendu, et les succès planétaires de Fortnite ou de Valorant (plus récemment) n'auraient pas eu le même retentissement sans Twitch. 

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Mais aujourd'hui, Twitch est devenu, sans oublier ses racines vidéoludiques pour un sou, bien plus que ça. C'est un réseau social du direct vidéo au sens large du terme (même si on peut également y publier des rediffusions de lives ou des vidéos enregistrées). Un seul exemple récent en atteste : vous voyez la Montagne, dans Game Of Thrones ? Alias Hafthor Julius Björnsson ? Celui qui fut élu homme le plus fort d'Europe depuis 2014 et homme le plus fort du monde en 2018, vient de battre le record du monde (pas en compétition officielle, confinement oblige, mais en présence d'un juge pour l'homologation) du soulevé terre, levant une charge de 501 kilos. Et devinez où il l'a fait, en direct ? Sur Twitch, pardi.

Revoir la vidéo du record battu par "La Montagne" sur Twitch, en cliquant sur l'image :


Diversification

La clé du succès de Twitch, dont il n'est pas impossible qu'elle détrône un jour la mère de toutes les plate-formes vidéo, alias YouTube, réside également dans sa capacité à se diversifier. Si le gaming reste le core-business de la maison, de nombreuses chaines annexes, proposant des contenus variés ne cessent d'émerger. Les YouTubeurs les plus populaires du monde sont également de plus en plus friands du combo YouTube + Twitch (auxquels ils rajoutent parfois Discord, une plateforme de chat, de conversation en direct, en groupe). Outre cette diversité, c’est également la possibilité d’interagir (et de financer) en direct avec ces streameurs préférés qui attire chaque mois de plus en plus de "viewers".

Regarder les autres jouer... quel intérêt ?

Tout en haut de la montagne du scepticisme sur laquelle guettent les non-initiés, voilà la remarque qui domine. "Franchement, quel intérêt de regarder quelqu'un jouer ? C'est pas mieux de jouer, soi-même ?" Eh bien pas toujours. L'interactivité, les conseils, les aléas du direct qu'un streameur partage avec sa communauté peuvent créer des moments (pas toujours intéressants, faut-il l'admettre) différents, spontanés. Une autre expérience. A l'instar de ces vidéos "reviews" ou "reactions" sur le Net, où un créateur de contenu réagit à un phénomène (le dernier épisode de Game Of Thrones, la découverte du nouveau jeu à la mode, l'album qui vient de sortir et dont tout le monde parle, etc.) avec sa communauté. C'est aussi la clé du succès de Twitch.

Amazon a payé 970 millions de dollars pour acquérir Twitch, au nez et à la barbe de Google

Si le service a pu devenir aussi gros, c'est aussi parce qu'il a réalisé un énorme coup, en 2014, en étant acheté par le géant Amazon, pour un montant de 970 millions de dollars. Au nez et à la barbe de Google (qui possède déjà YouTube), qui était alors en tractations pour absorber le service également !

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Depuis cinq ans, Twitch a vécu une croissance continue, que le confinement connexe à la pandémie de coronavirus a littéralement fait exploser dernièrement : les nouvelles chaînes ne cessent de se créer, les "viewers" suivent les créateurs de contenu qui opèrent leur "Twitchmigration" et y renouent avec une tradition du "rendez-vous pour un direct" que YouTube a moins su exploiter. Début 2020, Twitch attirait déjà une moyenne d'un 1,4 million de spectateurs en direct. Un chiffre qui a explosé durant le confinement. C'est plus de 5 millions de chaînes actives qui ont été recensées en mars, une croissance de près de 35% par rapport au mois précédent.

La puissance de la plate-forme est très criante par le nom d'un seul jeu : Valorant. Le phénomène du moment. Ce FPS (First Person Shooter) multijoueur, développé par le poids lourd Riot Games (qui détient la paternité sur League Of Legends, abrégé LOL, l'un des jeux vidéos les plus populaires du monde esportif) est devenu le jeu vidéo le plus streamé du moment (devant LoL, devant Fortnite) alors qu'il n'est même pas officiellement disponible : sa portée est actuellement limitée, en bêta fermée. Valorant a malgré cela, déjà établi de nouveaux records sur Twitch en atteignant 34 millions de vues le 7 avril dernier et plus d'1,7 million de spectateurs simultanés. Tout simplement parce que les clés d'accès au jeu gratuit (c'est un free-to-play) étaient distribuées... via Twitch, à la fois relais et distributeur déguisé du jeu.

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La DH, premier média belge à être présent sur Twitch dans le cadre de sa couverture eSport

Parmi les streameurs les plus populaires du monde, on pourra citer Ninja, sans doute le plus connu du lot. Cet Américain était suivi par près de 15 millions de followers sur Twitch, il est particulièrement actif sur Fortnite. Mais, coup de tonnerre : Il a récemment quitté Twitch pour streamer en exclusivité sur la plate-forme rivale qui monte, Mixer ! Son impact est tel que lors de l'annonce de son transfert, Mixer a été propulsée illico app la plus téléchargé de l'App Store... Shroud, très gros streameur également, a lui aussi quitté Twitch pour rejoindre Mixer.

Et en Europe ? Gotaga est un peu l'équivalent européen de Ninja. Ce jeune Français de 26 ans, Corentin Houssein de son vrai nom aka "The French Monster", a été récemment élu streameur le plus influent du monde. 2,3 millions de followers à son actif et un palmarès long comme un jour sans pain sur Call Of Duty. 

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En Belgique aussi, des streamers se démarquent : citons Oliech (Arnaud Stassard de son vrai nom), suivi par 145.000 personnes sur sa chaîne SolaryHS dédiée à Hearthstone. Parmi bien d'autres, évidement...

De notre côté à La DH, en tant que média généraliste mais spécialisé en sport, l'eSport est devenu une priorité rédactionnelle depuis plusieurs années déjà. Notre rubrique eSport a été créée il y a plus de trois ans déjà, et elle est alimentée par nos experts, Visso et Aurélien Paquay. C'est sous l'impulsion de ce dernier (tandis que Visso vous offre son best-of Twitch chaque semaine, sous forme de vidéo) qu'après être devenu le premier média mainstream à couvrir quotidiennement l'eSport en Belgique, La DH-Les Sports+ est devenu, depuis quelques semaines, le premier journal belge à lancer sa propre chaîne Twitch

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Aurélien : "ce qui nous a poussé à créer la chaîne, c'est de proposer un lien interactif entre les lecteurs et la DH. Twitch est la plateforme de streaming qui est leader de ce marché et aujourd'hui, toute personne touchant de près ou de loin au monde du "gaming" ou des "sports électroniques" se doit d'y être présente ! L'interaction avec les viewers, la "proximité virtuelle" que cela permet, l'amusement, le fait de jouer seul de chez soi mais en ayant la possibilité de discuter avec des dizaines ou des centaines de personnes apporte une expérience différente d'un jeu vidéo. Cela permet aussi de rassembler nos lecteurs, de tisser du lien et de souder tout ça pour former une communauté plus forte. Le contenu proposé est infini et illimité sur ce genre de plateforme (pour autant que cela correspond aux nombreuses règles édictées par Twitch). On y retrouve des centaines de sujets ou jeux différents, allant même jusqu'à des retransmissions de morceaux de la vie quotidienne, de séance de sport, de méditation, ... Cela peut dépasser le cadre du jeu vidéo. Cela permet surtout de pratiquer sa passion en ne restant pas seul au fond de sa chambre et en la partageant avec qui veut. La chaîne de la DH est bien entendu ouverte à tous et on essaye au maximum de rendre la compréhension de ce que nous faisons accessible au plus grand nombre !"