New-Tech Les opérateurs s'engraissent sur l'argent de poche des ados

BRUXELLES Dimanche passé, l'association de défense du consommateur UFC - Que Choisir avait appelé les Français à "boycotter les SMS". Objectif: pousser le "cartel des opérateurs" à baisser le prix du SMS maintenu à un niveau artificiellement trop élevé.

Alors qu'au début du GSM, les opérateurs ne pensaient même pas tirer profit de la possibilité d'envoyer de petits messages écrits (certains se rappelent d'ailleurs qu'il y a quelques années de cela, l'envoi de SMS à partir des sites Internet d'opérateur, par exemple Skynet de Belgacom, était tout bonnement gratuit), ils ont bien vite changer de stratégie devant un succès aussi foudroyant qu'inattendu. Aujourd'hui, c'est par milliards que ces petits mots s'échangent en Europe.

Dans l'Hexagone, les huit milliards de SMS envoyés en 2003 ont rapporté 750 millions d'euros aux opérateurs. Principaux pourvoyeurs de ce pactole: les jeunes entre 12 et 24 ans qui représentent à eux seuls 75% des SMS en circulation dont plus de la moitié envoyée par les jeunes ados (12 - 15 ans). Ces SMS ont un coût. L'association UFC estime qu'un gamin de 13 ans claque environ 75 euros par an. Une véritable manne à millions pour les opérateurs qui perçoivent aussi leur pourcentage (30% en France) sur les bénéfices des éditeurs de service qui vendent, par le biais des SMS, logo, sonnerie, vote pour Elodie, chat, jeux,... Une manne honteusement gonflée selon l'association.

Le coût réel d'un SMS n'excède pas les 0,02 euro (hors taxe). Or il est facturé par les opérateurs à 0,15 euros (tarif pratiqué aussi bien en France que par nos trois opérateurs nationaux, Proximus, Mobistar et Base). Faites le calcul, pour chaque SMS envoyé, la marge bénéficiaire réalisée par l'opérateur est de 80%! Le prix du SMS est donc honteusement trop élevé. Il n'a d'ailleurs jamais baissé souligne UFC au contraire des tarifs des appels vocaux. Mais pourquoi la concurrence ne joue-t-elle pas?

Toutes les études réalisées en Europe ont montré que le trafic SMS est peu sensible aux changements de tarifs pratiqués. En d'autre terme, l'ado ne change guère sa fréquence de messages envoyés quel que soit le prix car il ne paraît pas avoir vraiment conscience du juste prix d'un SMS. Conséquence, les opérateurs ne se cherchent pas querelle et maintiennent un prix qui les arrange (le trafic SMS apporte sa grosse part au gâteau des bénéfices). Mais personne ne pourrait venir bousculer ce monopole?

Il existe des sociétés intermédiaires de téléphonie. Mais ces dernières ont un mal fou à acheter aux opérateurs des SMS au prix de gros afin de les revendre ensuite aux consommateurs à des tarifs plus intéressants. Ce qui n'est pas le cas au Danemark ou en Norvège. Dans ces deux pays, des grossistes en SMS se sont solidement implantés et sont venus bousculer les privilèges que s'octroyaient les opérateurs. Résultat: dans ces deux pays scandinaves, un SMS coûte entre 0,05 et 0,06 euro. Soit trois fois moins qu'en Belgique ou en France.

Afin de changer les choses, l'association UFC - Que Choisir s'est tournée vers le service de la concurrence de l'Union européenne. Un premier avis devrait être rendu d'ici un mois.

© La Dernière Heure 2004