C'est officiel : les Mate 30 et Mate 30 Pro seront proposés dans une version "low-cost" (open source) d'Android, où les services Google comme Gmail ou le Play Store seront absents. Le pari est tellement risqué qu'aucune date de sortie n'est avancée sur le marché européen. Dommage : sur le plan du hardware et du design, le Mate 30 est extrêmement prometteur. Mais à quoi bon rouler en Ferrari si on ne peut pas faire le plein d'essence ? 

C'est à Munich que le titan du smartphone, Huawei, a convié la presse ce jeudi 19 septembre. Au menu ? Les nouveaux smartphones "flagship" de la marque chinoise, qui lance ses nouveaux Mate 30. La série Mate est à Huawei ce que la série Note est à Samsung et l'iPhone 11 Pro Max à Apple : la variante la plus cossue, la mieux achalandée technologiquement parlant.

Sauf qu'ici, ce n'est pas tant les nouvelles implémentations technologiques apportées au smartphone qui retenaient toute l'attention...

En effet, depuis qu'il est embourbé dans un bras de fer commercial avec l'administration Trump, sur fond de guerre économique entre les USA et la Chine, Huawei ne peut officiellement plus entretenir de relations commerciales avec Google. Or, Google, c'est Android. Et Android, c'est ce qui tourne sur 80% des smartphones du monde, y compris ceux de Huawei...

Blacklisté, qu'allait-donc faire le premier vendeur de mobiles issu de l'Empire du Milieu avec ses nouveaux Mate ? Déjà implémenter Harmony OS, son système d'exploitation maison sur lequel il ne cache plus travailler ? Ou embarquer une version low-cost d'Android, basique et open-source, mais amputée des fameux "Google Services" que sont Gmail, Maps, Chrome et le Play Store, magasin d'applications officiel de la plate-forme Android ?

Ce sera donc sans (le vrai) Android et sans sortie européenne pour l'instant

Réponse vient d'être donnée : c'est, faute de mieux, la deuxième option qui a été choisie. Les Mate 30 et Mate 30 Pro sortiront sous une version bridée d'Android (Open Android), amputée de ce qui fait le sel de l'expérience d'Android. Donc sans accès au Play Store. C'est la surcouche maison, EMUI10, qui animera l'expérience logicielle.

Cette absence de certification pourrait avoir des conséquences catastrophiques, qui ont contraint Huawei à... ne pas proposer les nouveaux Mate 30 sur le marché européen pour l'instant. En Belgique ? Idem, aucune date de sortie n'est actuellement prévue. La marque se dit toutefois confiante dans l'idée de les voir arriver sur les marchés belges "à une date ultérieure", mais, soyons réalistes : sortir un mobile à près (voire plus, pour la version Pro) de 1.000 € sans garantir aux utilisateurs un accès au Play Store, c'est commercialement très compliqué... 

Reste à voir si, par le biais du téléchargement des APK (Android Package Kit) sur Internet, il serait possible de forcer les services Google à tourner sur les nouveaux Mate de manière détournée. Sans certification, rien n'est moins sûr. Et quand bien même : c'est une manipulation supplémentaire (donc une contrainte) que le grand public n'a pas l'habitude de faire...

Même s'il avance sur son plan B "Harmony OS", Huawei croise surtout les doigts pour qu'une solution soit trouvée et qu'Android, le vrai, "notre plan A", puisse être implémenté dans les Mate 30 ultérieurement par le biais d'une mise à jour.

Techniquement, il avait pourtant tout

C'est dommage, parce que tant en termes de design que d'approche technologique, les Mate 30 avaient tout ce qu'il faut pour se frotter, tête haute, à une concurrence farouche : la Mate 30 Pro embarque ainsi un nouveau processeur Kirin 990, la compatibilité 5G (vu l'état d'avancement du dossier - au point mort ! - en Belgique, il est loin d'y avoir urgence), un écran de 6,53 pouces avec définition Full HD+ (2 400 x 1 176 pixels) et bords incurvés, une batterie de 4 500 mAh, la charge sans-fil inversée, un module photo à quatre capteurs (composé de deux caméras de 40 mégapixels pour le grand-angle et l'ultra grand-angle ainsi que d'une caméra téléobjectif avec triple zoom et un capteur de 8 mégapixels), un autofocus laser,... 

Bref, côté hardware et conception, c'est du très très solide. Mais une Ferrari dans laquelle il est interdit de mettre de l'essence lui permettant de dépasser les 50 km/h a-t-elle encore un sens ?