New-Tech La fabrication additive comme on l’appelle aussi, s’invite dans tous les domaines, des plus anodins aux plus improbables.

Depuis l’avènement de la machine à vapeur et le développement du chemin de fer au milieu du XVIIIe siècle, le monde a connu trois nouvelles révolutions industrielles. Toutes ont profondément affecté notre façon de vivre en raison des profondes mutations technologiques et sociétales qu’elles ont amenées. Il y a eu l’émergence des énergies comme l’électricité, le gaz et le pétrole à la fin du XIXe siècle, l’avènement du nucléaire une centaine d’années plus tard et enfin, la révolution numérique à l’aube du troisième millénaire avec l’apparition d’Internet. Vingt ans après cette dernière, n’est-on pas déjà en train de tourner une nouvelle page ? Les progrès vertigineux de l’impression 3D y font penser car ils touchent déjà un nombre considérable de domaines de notre existence, y compris la médecine où ils ouvrent des perspectives extraordinaires.

L’impression 3D ou fabrication additive comme on l’appelle également est un procédé qui consiste à créer des objets physiques à partir d’une superposition de couches de matière sur la base d’une modélisation numérique. Autrement dit, il s’agit de créer sur ordinateur un plan de la pièce que l’on veut imprimer pour ensuite voir une imprimante composée d’une ou de plusieurs têtes d’impressions la produire à partir de cartouches de matières qui peuvent contenir des matières aussi diverses que du plastique sous toutes ses formes, des résines, du métal (aluminium, acier, titane, etc.), des polymères, de la céramique et même de la matière organique telle que des cires, du bois, des substances alimentaires ou encore des tissus biologiques composés de cellules vivantes ! Cette technologie ne date pas d’hier. Cela fait déjà une trentaine d’années qu’elle se développe. Mais elle atteint aujourd’hui une maturité qui la rend attractive pour les industriels et qui permet de prendre la mesure de l’impact qu’elle peut avoir.

Il y a cinq ou six ans, le grand public découvrait, incrédule, qu’il était possible de fabriquer un pistolet - fonctionnel ! - à partir d’une imprimante 3D. Le plan numérique de l’arme circulait alors sur la Toile, encore fallait-il posséder une de ces fameuses imprimantes tridimensionnelles qui à l’époque ne courraient pas les rues et coûtaient très cher. Ce temps-là est désormais révolu. Monsieur Tout-le-monde peut aujourd’hui se procurer dans le commerce une de ces machines à un coût plus que raisonnable. Et si leur utilisation chez les particuliers reste encore de l’ordre du gadget, il en va tout autrement quand il est question d’applications industrielles.

Des petits objets du quotidien aux pièces de rechange en passant par la mode et la déco, cette technologie s’invite dans tous les secteurs, même les plus improbables ou les plus "touchy". Au moment d’embarquer dans un avion de Boeing, dites-vous que certaines pièces de l’appareil ont été imprimées. Idem chez Airbus pour son géant des airs, l’A380. L’industrie spatiale n’est pas en reste et certains vont jusqu’à imaginer l’envoi d’imprimantes 3D sur la Lune pour fabriquer des habitations à partir de la poussière lunaire. De quoi envisager plus tard la colonisation de Mars ?

D’autres travaillent déjà à la construction de voitures et même l’agroalimentaire s’intéresse à la technologie. Pour le meilleur et pour le… pire. Autant il peut être appétissant d’imaginer des structures en chocolat improbables imprimées en 3D, autant les perspectives de voir une start-up comme l’américaine Modern Meadow développer des steaks "fabriqués" de la sorte rappellent l’horrible monde de Tricatel que combattent Louis de Funès et Coluche dans L’aile ou la cuisse

Si à ce jour, le champ d’application de la fabrication additive est déjà énorme et si celui des possibles paraît illimité, c’est parce que cette technologique offre d’innombrables avantages. Globalement, elle permet de produire des "objets" aux formes les plus diverses et complexes et sur mesure, à la demande, plus rapidement et à moindre coût, le tout étant modifiable à tout instant puisqu’il "suffit" de retravailler le fichier numérique qui contient la modélisation.

Pour certains, le procédé a même des vertus environnementales qui en font une technologie verte. Parmi les arguments avancés, le principal est qu’au regard de la fabrication soustractive telle que nous la connaissons aujourd’hui, l’impression 3D réduit considérablement le volume de déchets produit puisque seule la quantité de matière nécessaire est utilisée lors de la superposition des couches par l’imprimante. Publiée récemment dans le Journal of Industrial Ecology, une étude menée par l’université de Yale, en collaboration celle de Nottingham et des chercheurs du MIT (Massachusetts Institute of Technology) tempère cependant fortement cette conclusion.

Quoi qu’il en soit, la fabrication additive est aujourd’hui une réalité dans notre quotidien et elle s’apprête même à bouleverser nos vies tant les promesses qu’elle suscite dans le domaine médical sont énormes. Comme le montre la suite de ce dossier, la bio-impression laisse entrevoir une réalité qui rejoint la fiction.

CVD.