Un pas de plus vers le développement de la 5G en Belgique. L'IBPT, l'Institut belge des services postaux et des télécommunications, octroie des droits provisoires d'utilisation 5G à cinq opérateurs en Belgique : Proximus, Orange, Telenet (Base) mais également Cegeka et Entropia. des acteurs spécialisés en B2B (business-to-business, solutions pour entreprises).

Les droits restent provisoires car il n’y a aucun accord pour le moment en Comité de concertation, entre le Fédéral et les Régions, puisque "les projets de réglementation concernant les nouvelles bandes de fréquences à attribuer aux services mobiles conformément aux exigences européennes sont bloqués depuis la chute du gouvernement", détaille l’IBPT.

Selon Michel Van Bellginghen, président du régulateur fédéral, "les droits provisoires devraient rester actifs au moins un an", jusqu’à ce qu’une décision soit prise en Comité de concertation et que les nouvelles bandes de fréquences soient mises aux enchères.

Techniquement, la bande de fréquence comprise entre 3,6 et 3,8 GHz (donc 200 MHz) sera donc disponible pour ces opérateurs, qui bénéficient chacun de 40 MHz chacun. D’ici le 31 décembre 2020, c’est la fourchette 3,4 à 3,8 GHz (soit 400 MHz) qui devra être attribuée et soumise aux enchères.

Pour le consommateur, cela veut dire que l’offre 5G va potentiellement s’accélérer. Reste à voir comment les opérateurs vont se lancer dans cette course. Proximus, qui a déjà lancé une "5G light" pendant le confinement causé par le Covid-19, a dû faire marche arrière dans plusieurs communes wallonnes où certains citoyens et élus ont préféré se lever contre le développement de cette technologie. "Ce qui n’est pas le cas en Flandre", pointe-t-on du côté de l’IBPT, qui soutient le développement de la 5G, indispensable selon lui étant donné la forte consommation de données, en croissance permanente, ainsi que pour les développements techniques à venir.

Et l’impact sanitaire ?

L’IBPT, qui avait soumis l’appel à candidature au début de l’année et avait dans la foulée procédé à une consultation publique, reconnaît que c’est la question sanitaire qui a suscité le plus de réactions, de questionnements et de craintes. "Nous avons reçu au moins 5000 contributions, c’est une première", signale Michel Van Bellinghen, qui botte en touche pour l’impact sanitaire. "Nous gérons les fréquences, notre but est de développer les hautes capacités des réseaux. Ce qui n’est pas synonyme d’antennes partout. Pour ce qui est de l’impact sur la santé, la Cour constitutionnelle a signifié que c’était une compétence des Régions, aussi bien pour l’environnement que pour l’exposition aux ondes".

Selon l’IBPT, les normes en Belgique sont déjà beaucoup plus strictes que les limites fixées par l’OMS et c’est à charge des Régions de faire respecter ces normes aux opérateurs. Aucune étude scientifique n’a, pour le moment, prouvé un quelconque impact. Un groupe d’experts a d’ailleurs été mis en place en Wallonie pour l’étudier, ainsi que d’autres critères.

Consommation énergétique

L’une des craintes est aussi l’impact environnemental de la 5G. L’IBPT déclare ne pas avoir eu beaucoup de questions sur le sujet. Selon l’organisme, les antennes 5G consomment moins d’énergie que la 4G. A consommation équivalente de données, elles consommeraient deux fois moins d’électricité. Les antennes 5G, à la portée moins importante – ce qui implique une multiplication d’antennes moins "puissantes" pour couvrir un même territoire – n’émettraient globalement qu’uniquement vers les appareils en cours d’utilisation, et non pas en rayonnement permanent comme pour la 4G. Par contre, le régulateur reconnaît que l’accroissement de la consommation de données ne signifie pas une réduction de la consommation énergétique, donc l’impact environnemental reste à prendre en compte. La mise en place des antennes ainsi que de tous les nouveaux équipements, un enjeu majeur pour les entreprises actives dans le domaine, est donc une question qui sort de leur domaine de décision.

L’institut avance par ailleurs que le déploiement de la 5G est une décision européenne qu’il faut appliquer et que le retard pris en Belgique est déjà important. Ce qui pourrait pénaliser indirectement le pays en termes d’attractivité économique.

Les opérateurs y voient plus clair

Du côté des opérateurs grand public (Proximus, Orange, Base/Telenet), c’est "un pas dans la bonne direction, mais les licences provisoires ne sont qu’une solution à court terme car elles ne répondent pas à nos attentes en matière d’attribution du spectre", déclare-t-on du côté d’Orange.

Chez Telenet, cela permet également d’y voir plus clair : "Nous sommes bien entendu intéressés par ce spectre temporaire et communiquerons dans un futur proche sur ce que nous prévoyons spécifiquement d’en faire". Telenet expérimente déjà la 5G sur plusieurs sites en Flandre.

Du côté de chez Proximus, on accueille "favorablement l'attribution par l'IBPT d'une licence provisoire pour le déploiement de la 5G (...). Nous considérons cela comme un pas en avant dans le développement digital de la Belgique. Plus précisément, cela nous permettra de développer des usages 5G spécifiques qui répondent à la demande de nos clients industriels", déclare l'opérateur, qui nuance également: "Dans la perspective d'un déploiement 5G plus large, nous espérons que l'attribution des licences 5G complètes pourra être organisée à brève échéance. Nous considérons que c'est la seule façon de disposer du spectre en quantité suffisante pour libérer toutes les capacités de la 5G et dans une perspective à long terme dont les opérateurs ont besoin pour investir dans les réseaux mobiles et les services".