L'exode a débuté. Depuis l'annonce, tumultueuse, du changement des conditions générales d'utilisation que le service de messagerie instantanée WhatsApp s'apprête à adopter, les chatteurs mobinautes désertent massivement l'app au logo vert, propriété de Facebook depuis 2014 (la transaction avait coûté au groupe de Mark Zuckerberg la bagatelle de seize milliards de dollars, quatre en comptant, douze en actions FB).
 
C'est que la manière est quelque peu expéditive : Facebook souhaite, tout simplement échanger les données de ses utilisateurs avec sa maison-mère, Facebook. But ultime : avoir de la data utile à commercialiser auprès des entreprises. Risque pour l'utilisateur ? Se voir proposer davantage d'annonces commerciales directement in-app. Et pour celui qui ne souhaite pas accepter ces nouvelles conditions ? La porte, tout simplement : le compte WhatsApp serait désactivé au 8 février !  

En Europe, il y a maldonne : en fait, rien ne changera 

Expéditif, il est vrai, mais, primo, il faut temporiser : le scénario le plus craint, celui de voir ses données exploitées (âge, région géographique, etc., pas le contenu des messages, qui resterait crypté de bout en bout) pour qu'une marque s'invite dans votre WhatsApp ou encore davantage sur Facebook pour vous vendre sa soupe restera impossible, du moins en Europe. L'effroi qui prévaut dans le monde suite à cette annonce ne devrait objectivement pas heurter les européens, puisque le RGPD empêche strictement ce genre de pratiques.

Cela n'empêche pas que nombreux sont les Européens à ne pas être ravis du fait que WhatsApp et Facebook vont désormais reserrer leurs liens. Même si Mark Zuckerberg ne fait plus, depuis deux ans, grand secret de sa volonté d'unifier les trois plate-formes sociales qu'il administre, Facebook, WhatsApp et Instagram... 

Code source libre, business model basé sur les dons, cryptage de bout en bout : le tiercé gagnant de la sécurité ?

La résultante ? Les mobinautes s'en vont. Dans le monde, mais aussi en Europe. Et un grand gagnant se dégage à ce stade, pour récupérer les WhatsAppexiters : Signal. L'app a été n°1 des téléchargements mobiles en Allemagne, France, mais aussi en Belgique. Moins connotée négativement que Telegram (n°2 des téléchargements en Belgique elle aussi...), américaine, focalisée sur le cryptage de bout en bout de tous vos contenus, indépendante de tout réseau social, esthétiquement et ergonomiquement simple à prendre en main, c'est que Signal a pas mal d'atouts dans sa manche pour rafler la mise. Elle permet par exemple, d'importer vos "groupes" et l'historique de vos échanges WhatsApp, ce qui n'est pas un petit détail. Aussi, elle n'est à ce stade pas concernée par les impératifs financiers de WhatsApp et Cie : son code source est accessible à tous, et, à l'instar de Wikipedia, son business model est centré sur les dons de ceux qui estiment qu'une telle application est d'utilité publique.

Edward Snowden et Elon Musk ont vanté les mérites de Signal. Tout comme la Commission Européenne, qui encourage l'usage de cette app pour les communications de ses membres avec l'extérieur. Dans le milieu judiciaire ou journalistique, Signal a également déjà convaincu.

L'installation et la mise en route est très simple : il suffit de télécharger l'application sur le Play Store de Google ou l'App Store d'iOS, d'insérer votre numéro de téléphone, de définir un code NIP (quatre chiffres minimum, une sorte de mot de passe), de définir votre nom, d'ajouter une éventuelle photo et c'est parti. L'app vous propose également de devenir votre appli par défaut pour les SMS. Il est très simple d'inviter un contact qui n'a pas encore Signal à télécharger l'appli. Pratique, la fonctionnalité qui permet d'importer un groupe WhatsApp dans Signal est précieuse, mais dans les faits, elle réclame pas mal de conditions : il faut que vous ayez encore WhatsApp actif, que vous soyez toujours membre du groupe que vous voulez migrer, et, surtout, il faut que chaque intervenant en fasse autant : tous doivent avoir Signal installé et WhatsApp encore actif pour que la migration s'opère. Logique, mais avec des groupes de grande taille, cela se complique vite. Sans compter ceux qui pensent que l'invitation à passer sur Signal est au mieux du spam, au pire une tentative de piratage...

Il n'empêche qu'une fois installée, Signal remplit fort bien son office. Textos, photos, vidéos, stickers, notes vocales, messages éphémères,... tout ce qu'on attend d'une app de messagerie instantanée s'y trouve. Seul bémol à nos yeux : comme WhatsApp et consorts, Signal est hébergée sur un site central. Il serait donc sot de la croire parfaitement inviolable...