New-Tech Beau, puissant, doué en tout et cher : le plus huppé des smartphones de Samsung se hisse aisément parmi les meilleurs smartphone jamais créés. Mais mettre au moins 1.000 € dans un téléphone sans 5G ni écran pliable, au printemps 2019, est-il vraiment un bon plan ? 


L'industrie mobile est à un carrefour. Un carrefour actuellement en chantier, prochainement traversé de plusieurs voies express, dont la 5G et les écrans pliables. Attendant avec impatience la fin des travaux, les constructeurs de smartphones, qui doivent composer depuis plusieurs exercices avec la réalité d'un marché saturé, savent pertinemment qu'ils ne peuvent se contenter d'attendre, immobiles, que le carrefour soit inauguré. Surtout lorsqu'on s'appelle Samsung et qu'on délivre au monde chaque année à l'approche du printemps l'un des téléphones les plus épiés et achetés sur le globe... 

C'est donc à ce moment-charnière pour le secteur que Samsung déflore sa gamme de Galaxy S10. Composée d'un S10e (faussement low-cost), du S10 et du S10+. Si le S10 est le flagship évident de la gamme, le S10+ en est son émanation qui donne dans la surenchère technique. Pourvu d'un écran Super AMOLED de 6,3 pouces (contre 6,1 pour le S10 classique), il présente une batterie plus endurante (4.100 mAh), un double capteur photo frontal intégré dans l'écran (le S10 n'est percé que d'un seul "trou") et reçoit, dans sa version la plus huppée, des capacités de mémoire tellement élevées qu'elles en deviennent presque absurdes : jusqu'à 12 Go de RAM et 1 To de stockage. C'est pour notre part, le S10+ Prism White "premier prix" (8 Go de RAM/128 Go de stockage), tarifé 999 €, que nous avons eu l'occasion de tester durant deux semaines. Verdict.

Design et prise en main
© SAMSUNG

Pas de chamboulement majeur, mais on reste avec l'un des téléphones Android les mieux finis et les plus élégants du marché. Testé dans sa splendide version à dos blanc nacré, on notera que le revêtement dorsal ne retient pas (trop) les traces de doigt. A l'avant du terminal, double nouveauté : c'est la première fois que Samsung intègre les caméras frontales directement dans l'écran, de même que le lecteur d'empreintes digitales, "planqué" sous l'écran. Il faut toutefois presser relativement fort sur la dalle pour que le reconnaissance biométrique soit opérante. La reconnaissance faciale, extrêmement rapide et bien améliorée (même si Samsung ne pousse plus vraiment cette fonctionnalité) est tellement efficace qu'on la préférera sans sourciller à la reconnaissance par empreinte. Grand mais pas démesuré, sobre mais raffiné, il semble impossible de ne pas aimer le look (and feel) de ce S10+. Qui a, de surcroît, la bonne idée de réintégrer un port Jack pour vos écouteurs...

Ecran
© SAMSUNG

On sait, on tourne en boucle. Mais pour la Xème fois, oui, l'écran de ce S10+ est tout bonnement parfait. Avec une résolution possible de 1440x3040 pixels (elle n'est pas activée par défaut, à vous de voir si vous souhaitez sacrifier un peu d'autonomie), on a parfois l'impression de disposer d'une fenêtre sur le monde plutôt que d'un écran. Avec 90% d'occupation de la face avant, la dalle Super AMOLED de 6,4 pouces dispose d'une densité de 522 ppp. Des noirs vraiment noirs, une colorimétrie au poil, une luminosité du feu de Dieu : il n'y a tout simplement rien à reprocher à cette dalle...

Puissance et performances

Dans notre version (européenne), c'est le trio processeur à huit cœurs Exynos 9820 (gravé en 8 nm)/mémoire vive de 8 Go/processeur graphique Mali-G76 qui fait tourner la bestiole. Comme une horloge ! Les prestations sont au sommet du marché, supérieures, par exemple à un Galaxy Note 9. Aucune tâche ne semble faire souffrir l'engin, qui run du Fortnite à 60 FPS sans le moindre mal et ne souffre devant aucune appli gourmande de montage vidéo. Fluide en tous points, à peine le S10+ est-il légèrement sensible à la chauffe...

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Côté logiciel, en revanche, c'est moins unanime. Si Samsung en est revenu de Touchwiz, sa surcouche maison largement critiquée, le titan sud-coréen continue à prendre ses distances avec la version stock d'Android (9). Les S10 embarquent, ainsi, la nouvelle surcouche maison One UI. Entendons-nous : il s'agit clairement de la meilleure surcouche jamais créée par Samsung. Plus élégante, mieux ordonnée, tout en rondeur et largement paramétrable, elle tire bien mieux parti de la grandeur des dalles actuelles. Elle reste toutefois relativement éloignée de l'expérience Android native, à laquelle il n'y a pourtant pas grand-chose à redire... Au rayon des plus-values, on note l'apparition d'un mode sombre, qui rend tous les arrière-plans de vos applications noirs. Idéal sur une dalle AMOLED, et bénéfique à l'autonomie de la batterie. L'essayer c'est l'adopter. En revanche, le nouveau design des icônes nous semble moins abouti, mais c'est extrêmement subjectif comme paramètre.

Appareil(s) photo
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Peut-être le domaine dans lequel Samsung a le plus progressé. Les trois capteurs dorsaux (un de plus que sur la génération précédente), de 12 Mégapixels chacun - celui du module principal étant toutefois plus grand - travaillent de concert pour un résultat bluffant, et très correct en basse luminosité - sans mode nuit spécifique. Les Galaxy S10 et S10+ (qui partagent le même module photo dorsal) se dotent également d’un objectif ultra-grand-angle avec un champ de vision de 123 degrés, comme l'œil humain. Vos photos de famille ou de paysage apprécieront. Côté vidéo, le mobile capture en UHD, jusqu'à 60p. L'un des meilleurs blocs photo du moment, auquel il ne manque pas grand chose pour aller chercher la référence actuelle du marché : le module du Huawei Mate 20 Pro.

Côté frontal, le double poinçon mixe un objectif de 10 Mégapixels et un autre de 8 Mp, focalisé sur la profondeur de champ. La résultante ? Des selfies nickel, avec effet Bokeh soignés.

Autonomie
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Avec une batterie de 4.100 mAh, le S10+ rassure ceux qui scrutent leurs pourcentages restants, passée la mi-journée. En utilisation intensive, il tiendra la journée sans trop sourciller. En utilisation normale, il atteint presque la journée et demie. Pas mal. Un mot, désormais, sur la recharge par induction... inversée : pompée de Huawei (ce qui est de bonne guerre, le Chinois se privant assez peu de reprendre les innovations de ses concurrents), cette fonctionnalité permet d'offrir un peu du "jus" du mobile à une montre connectée, des écouteurs sans-fil ou un autre smartphone (compatible). Peut dépanner.

Verdict

Paradoxalement donc, Samsung vient de sortir le meilleur Galaxy S de son histoire. Peut-être, même, le meilleur Androphone au monde. Mais il n'est pas impossible que cela soit au pire des moments. Primo, parce que le S10+ est une (belle) évolution du S9+, mais qu'on ne peut décemment pas conseiller aux S9 users de lâcher leur appareil pour un S10 ou S10+. Deuzio parce qu'il monnaye (chèrement d'ailleurs, les prix du S10+ débutent à 999 €) ses améliorations alors que les premiers smartphones 5G arrivent bientôt et que les mobiles à écran flexible seront dans nos étals dans l'année (Galaxy Fold, Huawei Mate X,...). Bref : l'attentisme de l'acheteur potentiel d'un téléphone sans concession nous semblerait grandement justifié... Il n'est pas improbable que d'ci un an, le S10+ ait pris un sérieux coup de vieux, vu les changement attendus dans le secteur...