L'application, détenue par le groupe chinois ByteDance, compte environ un milliard d'utilisateurs, en majorité des adolescents qui raffolent des vidéos courtes, généralement musicales ou décalées.

Mais depuis que le gouvernement américain menace de rendre l'application inaccessible aux États-Unis, ses adeptes se tournent vers des plateformes alternatives.

"Il y a une grande guerre entre les applications aux États-Unis car c'est une vraie opportunité pour des concurrents d'obtenir des parts de marché", déclare à l'AFP Luis Rodriguez, consultant en réseaux sociaux chez Mediatrium.

Durant les trois derniers mois, le climat d'incertitudes autour de l'avenir de la branche américaine a plombé les téléchargements de TikTok aux États-Unis. Ils sont en recul de 16% entre juin et juillet, selon l'agence de recherche américaine SensorTower.

Dans le même temps, suite aux menaces du président Donald Trump de retirer l'application du marché américain, les téléchargements des quatre applications concurrentes --Triller, Zynn, Dubsmash et Byte-- ont grimpé de 361% dans la semaine du 27 juillet, frôlant 1,5 million de téléchargements au total aux Etats-Unis.

Début août, Triller, qui mise sur un riche catalogue musical grâce à des partenariats avec Sony, Universal, Warner ou encore Spotify, se classait numéro un dans toutes les catégories de l'AppStore d'Apple dans 50 pays, dont les États-Unis et la France, après un envol de 1.227% de ses téléchargements en une semaine.

"Cette percée intervient après que Triller a déjà connu une croissance significative suite à l'interdiction de TikTok en Inde, et que les États-Unis ont soulevé de sérieuses inquiétudes quant à l'utilisation des données des utilisateurs par TikTok", a souligné Triller dans un communiqué.

La plateforme, qui a atteint début juillet 50 millions d'utilisateurs actifs, est par ailleurs en procès aux Etats-Unis contre TikTok pour violation de brevet.

Attirer les influenceurs

Sur le marché des vidéos ultra-courtes, chaque application a ses spécificités. Byte est considéré plus confidentiel et décalé, Clash mise sur la monétisation des contenus.

"Triller semble être le concurrent le plus sérieux de TikTok, parce qu'il attire des influenceurs", estime Luis Rodriguez.

A l'image de l'ex-vedette de TikTok Josh Richards, récemment nommé directeur de la stratégie chez Triller.

Les influenceurs de TikTok "Griffin Johnson, Noah Beck et Anthony Reeves se sont également engagés en tant que conseillers de Triller, chacun d'eux étant susceptible d'amener avec lui des millions d'adeptes de TikTok", annonçait la plateforme dans un communiqué début août.

"Cela ne veut pas dire qu'ils vont tous passer à Triller", nuance Luis Rodriguez. "Il peut y avoir beaucoup de pertes d'une plateforme à l'autre. La guerre n'est pas encore gagnée."

Les anciens du secteur, Snapchat et Instagram, s'inspirent eux aussi de la formule du succès de l'application de ByteDance.

Instagram annonçait début août le lancement d'une nouvelle fonctionnalité permettant aux utilisateurs de publier de courtes vidéos, disponible dans plus de 50 pays, dont l'Australie, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, l'Inde et les États-Unis.

Ces "Reels" permettent aux utilisateurs d'enregistrer des vidéos d'une durée maximale de 15 secondes et fournissent des outils pour le montage, l'audio et les effets.

"Reels est une grande partie de l'avenir du divertissement sur Instagram", a déclaré la plateforme basée en Californie. "Notre communauté nous dit qu'elle veut faire et regarder des vidéos courtes et montées."

La même semaine, Snapchat signait un vaste partenariat avec plusieurs acteurs majeurs de l'industrie musicale dont Warner Music Group, Universal Music Publishing Group, la National Music Publisher Association et le label Merlin.

La plateforme veut ainsi permettre à ses 238 millions d'utilisateurs actifs d'ajouter de la musique à leurs contenus dans les prochains mois.

Donald Trump, qui accuse depuis des mois TikTok d'être utilisée par les services de renseignement chinois à des fins de surveillance, fait pression sur ByteDance pour qu'il vende avant la mi-septembre l'application à Microsoft ou à une autre société américaine, sous peine de ne plus pouvoir exercer aux États-Unis.

La plateforme a toujours fermement nié tout partage de données avec les autorités chinoises et rappelle que ses centres de données sont situés hors de Chine.