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Doté d'un catalogue rachitique (mais d'un prix canon), d'une accessibilité peu élargie hors du spectre Apple (mais qui inclut la 4K et le HDR), de séries un peu bancales (mais qui ne manquent pas d'idées), le service de SVOD Apple TV+ démarre sa vie truffé de paradoxes. Et en mode mineur.

C'était le premier coup de canon, l'acte 1 de la guerre du streaming vidéo, saison 2019. Il y a 5 jours, le premier novembre, Apple a donné vie à son service de SVOD, Apple TV+. 12 jours avant le lancement du grand méchant loup Disney+. 

Réorientée de manière très agressive sur les services, la marque à la Pomme n'a pas lésiné sur les moyens mis en oeuvre pour faire de son service de streaming maison un succès : matraquage à Times Square, cartes cadeaux dans les magazines, embauche de réalisateurs et d'acteurs bankables (Jennifer Aniston, Reese Whiterspoon, Jason Momoa, Night Shyamalan, la papesse de la télévision américaine Oprah Winfrey,...), prix d'accès au service très agressif (4,99 € par mois), souscription d'un an offerte à tout acquéreur d'un produit pommé (iPhone, iPad, Mac,...), c'est au bazooka que l'entreprise californienne a frappé. Mais, 5 jours après le lancement, force est de constater qu'il n'y a pas vraiment unanimité sur le service... S'il est évident que l'offre va s'étoffer, jugeons sur pièces : non, actuellement, AppleTV+ n'a pas de quoi faire frémir Netflix ou Amazon Prime Video.

L'accès, l'ergonomie

Ne cherchez pas l'application AppleTV+ : elle n'existe pas. Sur écosystème Apple (un iPhone sous iOS, un iPad sous iPad OS, un Mac sous Mac OS ou encore le boîtier multimédia Apple TV), c'est au sein de l'appli (déjà existante) Apple TV qu'Apple TV+ vient s'insérer. C'est la première erreur ergonomique d'Apple : il n'existe pour l'heure ni app, ni même un onglet dédié à Apple TV+. Résultat ? Les contenus d'Apple TV+ sont "dilués" dans les autres, payants (en location ou à l'achat-téléchargement), d'Apple TV. En terme de clarté, d'identité et de lisibilité, on a connu Apple plus efficace... Heureusement, l'app Apple TV est bien ficelée d'un point de vue visuel et la navigation y est aisée.

Si vous souhaitez accéder à Apple TV+ depuis un terminal non-Apple, la donne se corse un peu. Sur un smartphone ou une tablette Android, l'app Apple TV n'existe actuellement pas. Sur les Smart TV, c'est le cas, mais seulement pour une sélection très réduite de modèles. Il est, heureusement, bien entendu possible d'accéder au service depuis un navigateur (donc un ordinateur, par exemple), à cette adresse : tv.apple.com . La PS4 ? La Nvidia TV Shield ? Oubliez. Pour l'heure, seuls les boîtiers Roku (peu répandus en Europe) et les sticks Fire TV d'Amazon permettent un accès direct à Apple TV.

Élément appréciable : là où Netflix ne réserve l'UHD qu'à son abonnement le plus onéreux, Apple TV+ le permet d'office, au même titre que le HDR10+ sur certains contenus.

Le catalogue

C'est ici que le bât blesse. Et fort. Bien qu'Apple n'ait jamais promis un service opulent, le catalogue actuel d'Apple TV+ est extrêmement famélique. Certes, il fait le choix de ne proposer que des "Apple Originals". Autrement dit, des productions originales produites par Apple. Mais on ne parle que de 7 séries et d'un documentaire ! Et encore, les séries étant diffusées au compte-goutte (et non avec l’entièreté de la saison disponible, en mode Binge Watching), ce sont au total moins de 20 heures de contenus qui sont au programme... On ne comprend toujours pas comment Apple a refusé de s'associer avec d'autres détenteurs de contenus, histoire de disposer d'un fond de catalogue "minimum".

Que valent les séries Apple ?

Au total, on compte huit contenus "Apple Originals" actuellement accessibles en Belgique.

Dans le détail, il s'agit des séries The Morning Show , See , Dickinson et For All Mankind , qui constituent le quatuor de choc du service. Des contenus plus familiaux, voire dédiés aux enfants comme Helpsters , Le secret de la plume et Snoopy dans l’espace sont également de la partie, tout comme le documentaire animalier The Elephant Queen .

Le médiatique et blinquant "The Morning Show"

© APPLE

C'est le fer de lance d'Apple. La mégaproduction (qui n'en a pas vraiment l'air...) et qui réunit un casting blinquant, composé du trio Jennifer Aniston, Reese Whiterspoon et Steve Carell. Chronique des coulisses d'un rendez-vous médiatique incontournable aux States (une émission de télé matinale), elle dépeint avec humour, causticité mais pas tant d'originalité que cela les travers médiatiques, époque post MeToo. Au centre de l'intrigue : Alex Levy (l'ex-Rachel de Friends), présentatrice vedette de l'émission matinale The Morning Show de la chaîne UBA basée à New York, doit annoncer en direct le licenciement de la chaîne de son co-présentateur Mitch Kessler (Steve Carell), mêlé à un scandale de harcèlements sexuels. Voilà Alex aux manettes, seule, du show le plus suivi d'Amérique.

La saison 1 de cette série verbeuse aura coûté plus cher à produire que la dernière de Game Of Thrones (les seuls cachets de Jennifer Aniston et Reese Whiterspoon y contribuant pour beaucoup), et n'a évidemment pas son impact visuel (c'est une série d'open-space, couloirs et studios). Agréable à suivre mais aucunement révolutionnaire, on n'y décèle pas (encore ?) l'élément déclencheur qui ferait passer la série du statut de "pourquoi pas ? " à "incontournable". Un pilote confus et un peu maladroit n'aide pas à ferrer le téléspectateur, malgré toute l’affection "Friendsienne" qu'on porte à Jennifer Aniston.

L'uchronique "For All Mankind"

© APPLE

Et si les Russes avaient foulé, les premiers, le sol lunaire en 1969 ? Si Buzz Aldrin et Neil Amstrong étaient les losers de la Nation ? Tel est le pitch de départ de l'uchronique "For All Mankind". Mitonnée par un certain Ronald D. Moore, qui a déjà un point d'avance lorsqu'il s'agit de parler d'espace puisqu'il est à l'origine de la série plébiscitée "Battlestar Galactica", "For All Mankind" imagine comment l'Amérique aurait vécu ce camouflet, et comment elle compte rebondir, notamment en envoyant des femmes dans l'espace. Un petit côté féministe qui est un peu le trait d'union de "The Morning Show", "For All Mankind" et surtout "Dickinson" d'ailleurs. Une série qui se suit, mais souffre de lenteurs plutôt criardes, du moins lors de sa mise en orbite.

La post-apocalyptique "See"

© APPLE

L'atout plus grand spectacle, le voilà. "See", scénarisée par Steven Knight (l'indispensable série "Peaky Blinders", notamment sur... Netflix), raconte une humanité dévastée par un virus à la fin du 21e siècle, et qui aurait rendu tout le monde aveugle, poussant les rares survivants à affûter leurs autres sens pour survivre. Jusqu'au jour où naissent deux jumeaux dotés d'une vision parfaite. Jason Momoa, alias Aquaman et Khal Drogo dans "Game Of Thrones", y incarne Baba Voss, chef de tribu dont la compagne vient de mettre au monde les enfants non-aveugles. Et la tribu rivale entend bien s'emparer, elle aussi, de ce nouvel atout...

Il y a un peu de Game Of Thrones (sans la densité) et de Vikings (sans l'authenticité) dans tout ceci, avec un scénario facile à suivre mais qui a le mérite de ne pas traîner. Il est encore trop tôt pour déterminer si "See" a le potentiel de devenir une grande série, elle ne l'est actuellement pas. Mais elle dispose d'un petit quelque chose qui, une fois réveillé, pourrait entraîner pas mal de monde derrière elle. Mention spéciale aux décors, particulièrement soignés.