Comment expliquer la pénurie de médecins pratiquant les avortements?

Il y a 25 ans jour pour jour, la Belgique votait sa loi sur la dépénalisation de l’avortement.

Lisa Saoul
Comment expliquer la pénurie de médecins pratiquant les avortements?

Il y a 25 ans jour pour jour, la Belgique votait sa loi sur la dépénalisation de l’avortement. 

Ce droit fondamental est aujourd’hui remis en question par la pénurie de médecins généralistes pratiquant l’interruption volontaire de grossesse (IVG), estiment les fédérations de planning familial.

Alors que l’écrasante majorité des IVG sont effectuées en milieu extra-hospitalier, il n’y a que 80 généralistes actifs dans ces centres à Wallonie et à Bruxelles. Et parmi eux, la moitié a plus de 55 ans, selon un constat du Dr Dominique Roynet, fondatrice des plannings familiaux de Schaerbeek et d’Arlon et professeure à l’ULB.

Il n’existe, de plus, qu’une seule université en fédération Wallonie-Bruxelles qui organise une formation à la pratique de l’IVG. Résultat  : les jeunes médecins qui suivent cette formation sont peu nombreux et la relève n’est pas assurée.

Devant ce constat alarmant, la députée de la Fédération Wallonie Bruxelles Christie Morreale (PS) a posé une question orale au ministre Jean-Claude Marcourt (PS) en charge de l’Enseignement supérieur. “Peut-on intégrer la pratique de l’IVG dans la formation des médecins ?”

Bien que sensible à la problématique, le ministre a répondu qu’il était dans l’incapacité d’agir. “L’autonomie des établissements d’enseignement supérieur implique que chacun d’entre eux organise librement le contenu de ses programmes de cours” . Il s’est néanmoins engagé à “interroger à nouveau le collège des doyens des facultés de médecine quant à l’opportunité de renforcer l’information, la sensibilisation et surtout la formation de nos jeunes candidats médecins concernant les gestes médicaux posés lors d’une IVG.”

Regrettant l’absence de levier du ministre pour imposer la mise en place d’une telle formation, Christie Morreale refuse de baisser les bras. “Je vais inciter les fédérations de planning familial à écrire une lettre aux doyens des différentes facultés de médecine pour insister sur la difficulté de recruter des praticiens et de susciter des vocations.”

La députée socialiste déplore par ailleurs le manque d’informations officielles sur le sujet de l’avortement. “Aujourd’hui, quand on fait une recherche sur Internet, les premiers résultats qui s’affichent sont des sites anti-choix gérés par des lobbys conservateurs et religieux” , s’indigne la mandataire. Elle a donc envoyé un courrier à la secrétaire d’État à l’Égalité des chances Elke Sleurs (CD&V) afin d’inciter le SPF Santé à proposer des informations fiables sur son site, par exemple en renvoyant vers le site jeveuxavorter.be, une plate-forme gérée par les fédérations de planning familial.  


55 avortements tous les jours en Belgique

Parmi les raisons invoquées, figurent des choix personnels, des problèmes financiers ou les problèmes de couple

Près de 20.000 avortements sont pratiqués annuellement en Belgique, selon le dernier rapport de la Commission nationale d’évaluation d’interruption volontaire de grossesse (IVG) publié en 2011. Cela signifie que 55 avortements sont pratiqués chaque jour dans notre pays. L’âge moyen des femmes qui recourent à l’avortement est de 27 ans.

Parmi les raisons invoquées par les femmes enceintes ayant recours à l’IVG, plus de la moitié citent des "raisons personnelles" : pas de souhait d’enfant pour le moment; famille complète; la femme se sent trop jeune ou est étudiante (7,9 %).

Dans une situation sur quatre, un problème familial ou de couple est à l’origine de la volonté de mettre un terme à la grossesse : le partenaire n’accepte pas la grossesse; la relation est trop récente ou juste rompue; il y a des difficultés avec l’entourage. Les difficultés financières ou matérielles sont, elles, évoquées dans 15 % des cas.

Dans notre pays, une femme dispose d’un délai de 12 semaines pour avoir recours à une interruption volontaire de grossesse, d’après les dispositions fixées par la loi du 3 avril 1990, dépénalisant l’avortement.

Chaque année, de nombreuses femmes sont contraintes de quitter la Belgique puisqu’elles ont dépassé le délai. "Elles sont entre 500 et 1.500 à se rendre chaque année aux Pays-Bas pour avorter. C’est une situation compliquée dans la mesure où une telle décision leur coûte entre 500 et 1.500 euros. Toutes les femmes ne peuvent pas y aller" , regrette la députée de la Fédération Wallonie-Bruxelles Christie Morreale.

La mandataire socialiste serait donc favorable à une prise en charge par la sécurité sociale de ce type de prestation à l’étranger. Elle plaide aussi pour l’ouverture du dialogue sur le délai légal pour l’IVG.

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