Il sort d’une intervention urgente non prévue qui l’a tenu longtemps au bloc. C’est la fin de la journée mais l’homme fatigué honore son rendez-vous, il nous parlera, de toute façon “l’agenda est encore plus chargé demain”, sourit-il.

Il y a presque un an jour pour jour, le docteur Mike El-Mourad, cardiologue et directeur de la Clinique de cardiologie interventionnelle de l’Hôpital Erasme se réveillait d’un long coma de 24 jours. Plus de trois semaines dans un état critique durant lesquelles il a dû subir deux épisodes très durs de réanimation. Le professionnel de santé, aux poumons enflammés à plus de 80 %, ne tenait qu’à un fil…

Les soins sans relâche de ses collègues d’Erasme l’ont maintenu. Même s’il y a laissé 24 kg de muscles. Et qu’il a dû tout réapprendre : manger, boire, marcher. “C’est comme si j’étais né de nouveau le 8 avril 2020, quand je suis sorti du coma”, confie-t-il.

Nous l’avions rencontré en décembre, avant Noël. Avec de lourdes séances de kinésithérapie et un mental de fer, le quarantenaire sportif avait réussi à revenir travailler à mi-temps malgré une jambe gauche paralysée, appareillée d’une orthèse. La fatigue ne lui permettait pas beaucoup plus que ces quelques jours par semaine... Son histoire avait touché, beaucoup : l’article a été partagé 812 fois ! “Je voulais témoigner avant Noël pour convaincre d’être vigilant, se souvient-il.

Aujourd’hui, le cardiologue est revenu travailler à temps plein. “Je veille à ne pas dépasser 40 heures et je prends sept gardes par mois”, explique celui qui enfilait 70 heures de travail sans broncher et 15 à 17 gardes par mois, il y a un an…

C’est que désormais, le gros bosseur doit plier devant la fatigue qui s’abat sur lui le soir, due au fait de rester debout des heures et des douleurs qui taraudent son corps. Mais le cardiologue ne se laisse pas aller : “J’ai repris presque tous les kilos perdus mais je fais attention à ne pas en prendre plus, pour ne pas alourdir mon corps.”

Son corps en bonne santé a été atomisé par un virus qui était devenu surpuissant.

Côté santé, Mike El-Mourad va mieux, même si sa jambe est toujours paralysée et douloureuse. Les trois heures par semaine de revalidation n’y font rien. “Je suis sur un plateau, je ne progresse plus et c’est frustrant. Concernant ma jambe, on est dans une zone grise, les médecins ne peuvent pas me dire encore si je pourrais retrouver de la mobilité. Je me raisonne en me disant que je suis déjà arrivé jusque-là…

L’orthèse lui permet de marcher, il peut aussi faire du vélo et conduit désormais une voiture automatique : cette liberté de mouvement l’aide aussi beaucoup mentalement, c’est pour cela aussi qu’il a souhaité reprendre le travail full time, ses patients lui manquaient ! Et “à la maison, je commençais à m’ennuyer, sans l’orthèse, je suis limité dans mes déplacements et je ne peux pas bricoler pendant des heures, explique celui qui venait d’acheter une maison avec sa femme et sa petite fille.

Une petite fille qui ne va désormais plus à l’école comme des milliers d’enfants. Une situation stressante qui renvoie les esprits dans les affres du premier confinement, et le docteur à l’enfer qui a commencé pour lui, après avoir contracté le Covid. Un Covid long durant lequel son corps en bonne santé a été atomisé par un virus devenu surpuissant.

Un cas rare qui l’a poussé à “participer à des études pour faire avancer la science. On sait maintenant que le groupe sanguin A+ est davantage à risque, et j’attends des nouvelles des tests génétiques pour comprendre comment et pourquoi mon organisme s’est retourné contre moi avec cette violence.

Le Dr El-Mourad a reçu ses deux doses de vaccin à la mi-février, il était plus que prêt à se le faire administrer, “on entend encore tellement de rumeurs sur ces vaccins. Cela reste un choix bien sûr mais il faut y aller, c’est la seule façon de passer à travers ça ! assène-t-il.

S’il est optimiste, il ne peut s’empêcher de penser au manque d’efficacité de la campagne de vaccination. “L’été, c’est dans deux mois.” Et extrapole l’idée que l’on puisse “développer un traitement comme le tamiflu pour la grippe, en plus du vaccin préventif”.

Côté professionnel, les lits pour les patients non Covid se réduisent et cela l’inquiète fortement, même s’il sent encore “la solidarité des gens qui respectent encore et toujours les règles sanitaires : on entend toujours les minorités qui montent au front mais la majorité est incroyable de courage”, conclut le docteur El-Mourad.