Santé On la croyait éradiquée ; pourtant, la rougeole alerte en France mais aussi à Bruxelles ces dernières semaines.

À l’approche des vacances de Carnaval, mieux vaut jeter un œil sur les carnets de santé, les vôtres et ceux de vos enfants. La rougeole, cette maladie infectieuse que l’on croyait sous contrôle (on comptait, en 1982, 81 115 cas de rougeole en Belgique contre 33 en 2008 !) refait son apparition et préoccupe les services sanitaires en Europe, sans oublier la Belgique.

Premier coup d’alerte il y a deux semaines avec 20 cas de rougeole dans la station de ski française de Val Thorens, une station qui attire de nombreux touristes étrangers. Selon l’agence régionale de la santé, "il s’agit majoritairement de jeunes adultes saisonniers résidant dans la station".

Cette semaine, l’agence de surveillance des maladies infectieuses Sciensano enregistrait à Bruxelles, 24 cas avérés de rougeole en deux semaines, contre 13 sur l’ensemble de l’année 2018. En Wallonie, 13 cas ont actuellement été recensés. "Mieux vaut vérifier les carnets de vaccination de la famille si vous partez au ski mais plus globalement si vous voyagez", assure le docteur Caroline Fortpied, médecin généraliste à Spy, spécialiste de cette maladie.

Plus préoccupant, l’OMS donne aussi l’alerte : une augmentation de 50 % des cas ont été signalés dans le monde ! "Nous savons que nous nous dirigeons dans la mauvaise direction", lance l’organisation. En Europe, près de 82 600 cas ont été recensés en 2018, un chiffre record pour cette décennie.

Pas d’alarmisme pour autant : dans notre pays, la contamination a été moindre avec des éléments isolés, souvent de jeunes adultes ayant contracté la maladie dans les pays alentour : la France, l’Allemagne ou les pays de l’Est, dont la couverture vaccinale est moins bonne qu’en Belgique et qui connaissent des épidémies fulgurantes. Chez nous, cette couverture vaccinale pour le premier vaccin est bonne, atteignant les 95,8 %. "Avec une première dose, le vacciné est protégé à 95 %", remarque le docteur Fortpied. Et avec le rappel vers 12 ans, la protection monte à 98 %.

Le problème, c’est ce rappel à la préadolescence dont le taux de couverture vaccinale est seulement de 75 %. "La vaccination à 12 ans est un mauvais âge : les enfants vont peu chez le médecin traitant" et le carnet de vaccination est rangé aux oubliettes.

Or, cette maladie ne se soigne que de façon symptomatique. Elle est hautement contagieuse et se transmet par les gouttelettes de salive en suspension dans l’air et elle peut avoir des conséquences très graves : pneumonie chez l’enfant, encéphalite et maladie neurologique chez l’adulte principalement pouvant mener à la mort, dans un cas sur mille. "Ensuite, ça va vite : un malade atteint peut potentiellement contaminer 12 à 18 personnes", soulève le Dr Schirvel, chargée de la surveillance des maladies infectieuses à l’AVIQ (Agence pour une vie de qualité en Wallonie)…

Surtout que la rougeole commence comme un syndrome grippal : fièvre, toux, affection ORL, faiblesse, avant qu’une éruption cutanée apparaisse. Autre problème : "La rougeole ayant été quasi éradiquée, les généralistes n’ont plus l’habitude d’y être confrontés", remarque le docteur.

Le diagnostic peut prendre ainsi un peu plus de temps. Or quand l’éruption cutanée apparaît, le malade est déjà contagieux depuis cinq jours et le restera encore cinq jours après !

72 décès dus à la rougeole en 2018 en Europe

L’Agence wallonne de la santé (Aviq) a rappelé, vendredi, l’importance de la vaccination. "La majorité des patients touchés sont de jeunes adultes ayant des liens avec des pays dans lesquels la rougeole fait des ravages (France, Roumanie, Ukraine…), pointe le docteur Romain Mahieu, de l’Observatoire de la santé et du social de Bruxelles-Capitale.

À l’échelle européenne, 80 000 personnes ont été contaminées l’an dernier, 15 fois plus qu’en 2016, et 72 adultes et enfants sont décédés.

La rougeole n’est pas traitée par des antibiotiques. Elle se caractérise par l’apparition de fièvre, d’une toux, d’un rhume et d’une conjonctivite avec ensuite l’apparition de plaques rouges sur la peau, qui le plus souvent débutent au niveau de la tête pour ensuite s’étendre sur le tronc et le reste du corps.