L'Italie est devenue samedi le pays européen totalisant le nombre le plus élevé de morts depuis le début de la pandémie de Covid-19, avec 64.036 décès. Mais une information dévoilée par le "Guardian" et le "Financial Times" vient encore un peu plus ternir l'image du pays, en difficulté dans la crise du coronavirus.

Selon les deux médias, un rapport accablant sur la situation en Italie en mai dernier a été supprimé du site de l'OMS. Ce rapport de 102 pages et intitulé "Un challenge sans précédent: la première réponse italienne au Covid-19" avait été écrit par le scientifique de l'OMS Francesco Zambon ainsi que par une dizaine d'autres collègues européens. Y figurait, d'après nos confrères britanniques, que l'Italie n'était pas prête à faire face au coronavirus car le plan de crise en cas d'épidémie n'avait pas été revu depuis 2006. Le rapport ajoutait que les hôpitaux italiens avaient géré la première vague de façon "improvisée, chaotique et créative".

Mais comment ce rapport a-t-il bien pu être retiré du site de l'OMS, un jour à peine après sa publication le 13 mai dernier? Les deux médias britanniques ont mené leur enquête. Selon le "Guardian", c'est Ranieri Guerra qui serait le principal responsable de ce retrait. Assistant du directeur général des initiatives stratégiques à l'OMS, Ranieri Guerra a également été l'ancien directeur général de la santé préventive au sein du ministère italien de la Santé entre 2014 et 2017. Et il est surtout actuellement membre de la "task force" italienne contre le Covid-19.

Toujours selon le "Guardian", Ranieri Guerra aurait été entendu par les autorités, mais l'OMS aurait "insisté pour que Francesco Zambon et les dix autres chercheurs impliqués dans le rapport soient dispensés de témoigner" et que les enquêteurs se tournent pour toute demande vers le ministère italien des Affaires étrangères.

Francesco Zambon s'est de son côté exprimé auprès de la presse britannique. Il affirme lui qu'il n'est pas contre le fait de parler mais que l'OMS lui déconseille. "Lorsque j'ai reçu les premières convocations, je les ai rapportées au bureau légal de l'OMS et ils m'ont rapidement informé que je ne pourrai pas m'y rendre car j'étais protégé par l'immunité, en dépit du fait que je souhaitais m'y rendre car j'avais des choses à dire", déclare ainsi Francesco Zambon, qui ajoute également que Ranieri Guerra l'a menacé de perdre son poste s'il ne revenait pas sur le passage dans le rapport indiquant que le plan de crise italien était obsolète.

Du côté de l'OMS, on tient toutefois un autre discours. L'organisation a ainsi assuré au "Financial Times" que le rapport avait été supprimé car il contenait "des inexactitudes et incohérences". "Pendant qu'il était hors ligne, une décision a été prise d'utiliser un nouveau mécanisme [...] pour aider les pays membres à mener l'examen de leurs actions et évaluer leurs réponses au coronavirus. Ce document n'a donc pas été republié", conclut l'OMS.

Enfin, du côté du ministère de la Santé italien, on nie également les faits, prétextant au "Guardian" que "le rapport n'avait jamais été envoyé au ministre de la Santé, qui ne l'a donc jamais examiné ni commenté."