Les philosophes questionnent : quel est le sens de la vie. Je transforme cette question en quel est le sens de ma vie ? Dans cette époque où les réseaux sociaux veulent guider notre pensée et notre façon d’apparaître, où les conflits sociaux et les pandémies menacent, la vie file à toute vitesse. Et entre vie professionnelle et vie familiale, elle ne nous laisse pas le temps de nous poser des questions alors que paradoxalement, la liberté dont nous jouissons nous amène à nous interroger davantage que nos parents sur le sens que nous souhaitons lui donner. On pense souvent qu’un événement majeur comme gagner à la Loterie, rencontrer l’amour, ou commencer un nouvel emploi, nous apportera la solution à une existence en perte de sens. C’est en réalité par des petites choses réalisées chaque jour qu’on remet du sens dans sa vie.

Le sens, gardien de notre humanité

Le déclic vient souvent de l’âge ou d’une épreuve de la vie : deuil, rupture sentimentale ou professionnelle. L’impression que notre vie nous échappe entraîne une remise en question des divers domaines de notre existence. En donnant du sens à sa vie, on a conscience de suivre à long terme des buts que l’on s’est soi-même fixés, fondés sur des valeurs personnelles que l’on considère comme importantes et en adéquation avec sa personnalité. Ces buts peuvent être par exemple d’avoir une vie stable et harmonieuse, jouir d’une aisance matérielle, être épanoui dans son travail, avoir une influence positive autour de soi, ressentir une forme de sérénité intérieure, se sentir à sa place, quel que soit le contexte. On préserve ainsi son humanité, et on y gagne une meilleure santé physique et psychique car donner du sens aux choses de la vie aide à supporter les gros coups durs tout comme à affronter les problèmes quotidiens et le stress. Attention néanmoins à ne pas transformer ce questionnement, cette quête, en injonction culpabilisante !

Construire pour remettre du sens

Chacun construit sa vie, et c’est en la construisant qu’on lui trouve un sens. Ce n’est pas inné. Pas besoin d’avoir de grandes ambitions : c’est par de petits gestes quotidiens que l’on trouve peu à peu sa véritable place. Selon le psychiatre Gérard Bonnet, "pour donner plus de sens à son existence, seule la politique des petits pas est efficace et réaliste : chercher au quotidien des choses qui rallument la flamme, des rencontres et des activités qui nourrissent, qui stimulent."  Pour lui, le sens que l’on trouve à sa vie est surtout affaire de ressenti : si l’on s’y sent bien, alors il y a fort à parier que l’on est en accord avec ses valeurs, en état de cohérence intérieure. Faire confiance à son intuition permet en effet d’écouter ses envies, ses convictions, et d’entamer des changements.

Se reconnecter avec son bien-être

"Ce qui donne du sens à la vie est le cœur (les relations humaines), la tête (les croyances, convictions et valeurs) et les mains (l’action) ", développe le psychologue Jacques Lecomte. Certains vont trouver ce sens dans l’engagement professionnel, d’autres dans l’engagement associatif, humanitaire ou spirituel. D’autres encore se consacrent entièrement à leur vie familiale ou à une passion, le sport par exemple, les voyages et la découverte d’autres cultures.

"Le sens peut se perdre quand on se sent seul, quand on a le sentiment que son travail est inutile, prévient Jacques Lecomte. Plutôt que de fouiller dans ce qui ne va pas, un bon moyen de se reconnecter avec son (bien-)être et ses valeurs est de fouiller dans ce qui va bien, de s’interroger sur les personnes qui comptent vraiment dans sa vie, ou encore de se remémorer ce qui plaisait vraiment à un autre moment de sa vie, plus heureux."

3 clés pour aller de l’avant

De la nouveauté, des sensations fortes, du sens, du plaisir... Chacun court après son idéal de vie. Derrière ces objectifs se cachent des motivations inconscientes, qui peuvent transformer la vie en une course folle. Identifier ses moteurs secrets peut aider à trouver le bon tempo. Et surtout, à ralentir. Prendre le temps de s’arrêter pour se “poser” quelques questions est essentiel : la vie que je mène est-elle compatible avec mes valeurs, mes aspirations profondes, ma personnalité ? Les outils proposés par Étienne Schappler vous y aideront.

Outil n° 1 Verbaliser ce qui est important

Je travaille sur 4 questions qui vont m’aider à mettre des mots sur ma quête :

Si mes ressources étaient illimitées, si j’avais un toit et de la nourriture pour ma famille et moi, qu’est-ce que je ferais du reste de ma vie ?

Si je n’avais plus de peurs (peur du regard de l’autre, sentiment d’imposteur....) et bien plus de sérénité, de calme et
de confiance, qu’est-ce que je ferais du restant de mes jours ?

Qu’est-ce qui me rend fière de moi ?

Comment est-ce que je souhaite que mon entourage se souvienne de moi lorsque je ne serai plus là ?

Outil n° 2 Travailler son échelle de valeurs

Je choisis et note sur une feuille les 10 valeurs les plus importantes dans ma vie : autonomie, sécurité, honnêteté, générosité, intégrité, responsabilité, pouvoir, conformité, tradition, spiritualité, vérité, liberté, solidarité, dignité, justice, beauté...

Je m’y réfère lorsque j’ai des choix importants à faire : par exemple si la valeur “sécurité” est essentielle pour moi, je la privilégie, aux dépens d’un meilleur salaire, lorsque je dois faire un choix entre deux propositions de travail.

Outil n° 3 Passer à l’action

Je travaille sur mon énoncé de mission personnelle : un code de conduite mêlé à des objectifs personnels. Elle permet d’y voir plus clair sur moi, ma vie, mon rôle et me rappelle ce qui est important.

Je prends le temps de mettre des mots sur mes qualités, mes relations, mon caractère, la personne que je suis et que j’aspire à devenir.

J’écris une première ébauche de ma mission personnelle, je retourne à mes occupations, et je reviens sur ce texte, je le complète, le corrige.

Je l’affiche dans un endroit visible pour y revenir dès que j’en ressens le besoin.

VU DU JAPON

L’ikigaï, une philosophie du bonheur

Le terme est une réunion de iki (“vie”) et gaï (“ce qui vaut la peine”). Il correspond à l’équilibre entre passion, carrière, vocation et mission de vie. Il est lié à la motivation et les ambitions, les rêves, les projets et les envies. Dans Trouver son ikigaï, vivre de ce qui nous passionne, Christie Vanbremeersch explique que cette recherche passe par 5 piliers : commencer petit, se libérer soi-même, chercher l’harmonie et la durabilité, cultiver la joie des petites choses, et être ici et maintenant.

L’exercice : l’auteure propose d’écrire les qualités que l’on vous attribue ou que vous vous attribuez depuis l’enfance. Puis d’identifier et entourer les 3 qualités qui vous caractérisent. Ensuite, recherchez 5 choses que vous preniez plaisir à faire et pour lesquelles vous aviez des compétences. Si vous ne les faites plus et que vous le regrettez, demandez-vous si vous pouvez leur redonner une place dans votre vie.