On est en train de nous ôter le plus beau jour de notre vie. C’est impossible d’accepter ça!”. C’est un véritable cri de désespoir qu’a publié il y a quelques jours sur Facebook un futur papa en France. “On a appris que les papas ne vont plus pouvoir assister à l’accouchement ni après, jusqu’à la sortie de l’hôpital (de la maman et du bébé). Une situation inimaginable.” En raison des mesures drastiques adoptées pour endiguer l’épidémie de coronavirus, hautement contagieux, plusieurs hôpitaux en France ont décidé d’interdire l’accès à tout accompagnant en salle d’accouchement. La future maman est donc contrainte de mettre seule son bébé au monde.

Qu’en est-il en Belgique? Chez nous aussi, la crise sanitaire a bouleversé le mode de fonctionnement des maternités. Mais, “pour le moment, le papa (ou co-parent dans le cadre des couples de même sexe, NdlR) peut assister à l’accouchement”, affirme un gynécologue, membre du groupe de travail périnatalité du Groupement des gynécologues obstétriciens de langue française de Belgique. Cependant, dès lors que les parents sont en salle de naissance, le papa ne peut plus en sortir, que ce soit pour aller fumer, prendre un café, s’aérer, faire un aller-retour entre l’hôpital et le domicile,… “S’il y a une péridurale, il lui est demandé de sortir de la salle ou de porter un masque, témoigne Joëlle*, sage-femme au Chirec, mais comme on est en rupture de stock de masques, on préfère lui demander de sortir. En revanche, en cas de césarienne programmée, le papa ne peut plus être présent”. Et, après l’arrivée du bébé, toute visite à la maternité, y compris de la fratrie, est interdite. 

Et si une maman est suspectée d’être porteuse du Covid-19 ou réellement malade? La salle d’accouchement est équipée en kits et en masques FFP2 pour le personnel qui devra s’en occuper, indique le gynécologue, et, pour l’instant, son accompagnant est admis en salle d’accouchement”. Après la naissance, “la maman et le nouveau-né seront transférés dans une unité Covid, mais le papa ne pourra pas rester”.

"Le personnel soignant doit être protégé"

Face à l’évolution de la maladie, les dispositions dans les hôpitaux fluctuent quasi d’heure en heure. “La situation évolue en fonction des politiques de chaque hôpital et de leur protocole en interne, explique Vanessa Wittvrouw, présidente de l’Union professionnelle des sages-femmes belges. Comme la situation est exceptionnelle, on tâtonne. Mais ce qui est important, c’est que ce temps particulier de la naissance reste un temps où la femme ne va pas se retrouver toute seule pour accoucher. Pour qu’une naissance se passe au mieux, la maman doit être dans un bon contexte hormonal. Elle a donc besoin d’être accompagnée et d’avoir un repère sécuritaire”. Elle ajoute : “Je ne comprends pas la décision qui a été prise en France. Dans ce contexte particulier, faire accoucher une maman seule est inhumain!” Plus que tout, “il faut que le personnel soignant soit correctement protégé, insiste-t-elle, car c’est là que le bât blesse. Ce ne sont pas tellement les accompagnants qui posent question, c’est la protection du personnel”. Vanessa Wittvrouw plaide ainsi pour que les parents portent chacun un masque et que le personnel soignant soit équipé en masque et gants, “et ça va très bien se passer”, assure-t-elle.

Sur le site où elle travaille, “depuis peu, nous avons des masques chirurgicaux, se félicite Joëlle. Mais au début, nous n’en avions pas. Nous avons alors proposé d’utiliser des masques en tissu, mais cela a été refusé. Pour nous protéger, nous avons aussi les solutions hyrdoalcooliques, mais elles ont été supprimées des chambres parce que les patients les volaient. Donc, maintenant, lorsque nous sommes en chambre, nous nous lavons beaucoup, beaucoup les mains”. Malgré les mesures restrictives exceptionnelles, “les parents comprennent bien la situation, mais c’est avec tristesse puisqu’ils ne peuvent plus partager leur joie, surtout avec leur famille (les grands-parents, les enfants,...)”

Des retours à domicile plus précoces

Les retours à domicile sont donc aussi plus précoces, généralement 48 heures après l’accouchement, voire 24 heures (contre un séjour de trois nuits en temps normal pour un accouchement par voie basse et quatre nuits pour une césarienne). “Les sages-femmes libérales vont donc être beaucoup plus sollicitées”, convient le gynécologue, pour le suivi des femmes en post-partum. Ici aussi, Vanessa Wittvrouw tire la sonnette d’alarme: “Sur le terrain, il faut nous donner les moyens, car, nous sommes la première ligne de soin à domicile. Certains actes peuvent être prodigués à distance comme les préparations à la naissance, mais, une fois qu’elles ont accouché, les femmes ont besoin qu’on soit près d’elles. Or, pour le moment, on n’a pas de masques, pas de gants et pas de blouses! On n’a rien! J’ai envoyé divers courriers et je n’ai pas de réponse. C’est dommage, car on sait que c’est le personnel soignant qui va être contaminé ou contaminant”.

* Prénom d’emprunt

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