Jacqueline a dû s’acquitter de la somme de 1 790 euros pour une couronne et 60 pour avoir été "rassurée", sans jamais avoir été avertie au préalable des honoraires.

Jacqueline Bullekens est révoltée par les soins dentaires qu’elle a reçus chez un dentiste bruxellois il y a quelques mois. "J’ai la surprise, et non des moindres, de relever qu’il ne m’a donné aucune information ni devis sur les soins qu’il comptait me prodiguer. C’est donc seulement en fin des premiers soins reçus qu’il m’a imposé ses honoraires" , raconte-t-elle.

Ainsi, pour la pose d’une couronne, Jacqueline va devoir débourser la bagatelle de 1 790 euros. "J’ai donc contesté la facture pour la simple et bonne raison qu’il m’a imposé ses honoraires a posteriori et que j’estime très exagérés au vu de ce que j’ai reçu et du prix moyen d’une couronne qui est de 500 euros. Ça ressemble à une manière de coincer le patient" , s’indigne la dame originaire de Rebecq.

"Suite à cela, j’ai contacté ma mutuelle et j’ai eu de la chance que mon assurance protection juridique veuille bien participer à la moitié des frais, mais imaginez que cela arrive à une personne qui ne possède pas cette assurance. "

Après cette note pour le moins salée, cette femme de 73 ans n’est pas au bout de ses surprises. "Il m’a aussi demandé un honoraire de 60 euros en liquide simplement pour m’avoir tenu la main et m’informer que j’étais très tendue, il s’agissait selon ses dires d’une séance de kinésiologie. Et il n’y avait même pas de lecteur de carte. On m’a demandé de tout payer en cash. La médiatrice fédérale a été informée de la situation et a averti ce dentiste qu’il fallait informer le patient avant de prodiguer n’importe quel soin. D’autant plus qu’une séance de ce type n’a rien à faire dans un cabinet dentaire, et notamment vis-à-vis du tarif."

Après ces évènements, Jacqueline décide de mettre fin au traitement après la première séance en raison de l’opacité totale du projet médical du dentiste, qu’elle estime contraire à la déontologie de la profession. " C’est une vraie mafia ! J’ai beaucoup de connaissances à qui il est arrivé la même chose. Il faut mettre de l’ordre dans tout ça. Ces gens-là font ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de suivi. Les patients sont livrés à eux-mêmes. Il faut qu’il y ait plus de contrôle des dentistes et un suivi strict sinon ce genre d’abus se reproduira" .

"En résumé, j'ai décidé de mettre fin à la première séance du placement d'une dent provisoire en raison de l'opacité totale de son projet médical et des pratiques que j'estime contraires à la déontologie à laquelle il devrait se conformer. Ne pas être conventionné ne donne pas tous les droits".

La moitié des plaintes concernent les soins dentaires

Au niveau des plaintes concernant les soins dentaires, elles représentent près de la moitié du total, soit 219 sur les 477 recensées par le service fédéral. "C’est pour cette raison qu’il est nécessaire de créer un ordre des dentistes, Il faudrait une régulation liée aux pratiques et à la déontologie de manière générale pour qu’il y ait plus de transparence et de suivi au niveau des soins dentaires", explique Thierry Monin, chargé de projets au sein de la Ligue des usagers des services de santé (LUSS).

La mise en place d’un tel service est d’ailleurs devenu le cheval de bataille de l’association Premisse, "mais c’est très difficile à finaliser. Cela évolue très lentement et c’est un sujet qui reste encore très tabou avec de nombreuses zones d’ombre", révèle Rachida Essannarhi, responsable de l’association Premisse, qui développe des activités pour répondre aux différents problèmes que les personnes rencontrent au niveau de la santé et du bien-être.

La société de médecine dentaire favorable à la création d'un Ordre des dentistes

Du côté de la société de médecine dentaire belge, on est demandeur d’un tel projet. "Nous sommes favorables depuis longtemps à la création d’un organe déontologique. Il est en effet inquiétant de voir des dentistes français radiés venir exercer chez nous. Créer un ordre déontologique permettrait de limiter ce phénomène, tout comme les erreurs médicales", relève Michel Devriese, chargé des questions professionnelles au sein de la société de médecine dentaire et de l’association dentaire belge francophone.

Si une telle institution existe dans la plupart des pays voisins, ce n’est pas le cas chez nous bien que 30 millions d’actes sont délivrés dans le secteur dentaire chaque année. "C’est une faiblesse et un point noir propre à la Belgique. Ce sont surtout des problèmes d’honoraires ou la non-communication de certaines infos primordiales auprès du patient qui sont à améliorer. Avec l’existence d’un ordre, on serait en mesure de mettre en place des règles à respecter mais aussi de sanctionner les praticiens en faute".