Thé ou café ? Partir ou rester ? Au quotidien comme lors des grands rendez-vous de l’existence, il faut décider. Mais on hésite, on tergiverse, parce que choisir, c’est renoncer. Notre expert fait le point.

Que révèle l’indécision ?

"On a un cerveau et on s’en sert pour survivre, repérer les dangers et opérer des choix", affirme Bernard Anselem. Le doute est négatif lorsqu’il inhibe l’action : "Lorsqu’on manque de confiance en soi, on ne sait pas se fier à ce qui est ressenti. On tente de s’appuyer sur l’analyse mais tout devient flou. D’autant plus qu’on est bombardé d’informations. Ce qui rend nos choix plus complexes."

Pour en sortir, faut-il peser le pour et le contre ?

Quand il faut choisir, on a souvent l’impression qu’il faut faire appel à sa raison. Fausse piste ! "Ce sont les mêmes zones cérébrales qui traitent la prise de décision et la régulation des émotions. Celles-ci sont donc au cœur du processus. Mieux vaut sortir de l’illusion que nos bons choix sont forcément rationnels."

Peut-on se fier à son intuition ?

"Il est opportun de se fier à notre instinct." Se connecter à soi, à ses émotions, et agir en fonction permet de se sentir "aligné" avec sa décision. "En pratique, choisissez une option et testez vos sensations quelques heures ou quelques jours." Histoire d’accueillir son sixième sens.

Le temps, un bon conseiller ?

"Les émotions peuvent, quand elles sont trop fortes, déformer la réalité." Mieux vaut donc connaître son état émotionnel avant de foncer. "Concrètement, faites une pause et laissez la peur ou la colère retomber, les informations décanter. La distraction et le repos font naître de nouvelles idées. Or, plus on a d’éléments sur la situation, plus notre intuition est bonne et meilleures sont nos prises de décision."

Peut-on faire le choix de laisser les autres choisir ?

Partager son point de vue avec son entourage est utile. "On a tous une façon de penser différente, un ‘biais cognitif’personnel. Si on peut aisément repérer celui de l’autre, on a du mal à identifier le sien." Confronter les regards permet d’enrichir la décision. "Il ne s’agit pas de suivre des conseils sans réfléchir, mais de profiter des analyses des autres pour améliorer la sienne."

Comment ne pas revenir en arrière ?

Le réflexe qui tend à faire considérer que l’herbe est toujours plus verte chez le voisin est à prendre en compte quand on jugera avoir fait le bon choix… ou pas. Autre piège, le "biais des coûts irrécupérables". "Ce mécanisme pousse l’individu à poursuivre dans une voie pour la seule raison qu’il y a déjà investi son temps, son énergie, son argent… Il s’agit de rester flexible, conclut Bernard Anselem, d’accueillir la nouvelle réalité, en acceptant de renoncer mais en veillant à ne pas tout perdre."