Les parents concernés par l’autisme sont offusqués par les propos du cabinet de la ministre.

C’est l’émoi dans le milieu des personnes touchées par l’autisme. On se souvient de la sortie médiatique de l’épouse de Laurent Ciman, joueur de football du Standard qui a décidé de privilégier sa famille dans son choix de carrière. En rejoignant Montréal et le Canada, il opte pour un pays qui est à la pointe en matière de prise en charge des personnes touchées par l’autisme.

Les propos de Diana, son épouse, n’avaient visiblement pas eu l’heur de plaire à la ministre Joëlle Milquet (CDH) qui, par le biais de son porte-parole, avait réagi, contestant les données, et citant une série de chiffres pour attester la prise en charge par la Fédération Wallonie-Bruxelles de la pédagogie de l’autisme.

Une sortie visiblement très maladroite aux yeux des personnes concernées ! Comme Christine Van Pellecom, maman de Diego, 8 ans, atteint de TED-NoS, qui a envoyé récemment un courrier à la reine Mathilde avec le secret espoir de voir une fondation voir le jour. La lecture de l’article l’a fait bondir ! "Diana a raison, le nombre d’écoles est insuffisant, ou quand elles existent, elles ne pratiquent pas les bonnes pratiques propres à l’autisme comme le Teach, les Pecs,… Dans l’école de mon fils, ils sont tous en train de se former au Teach et c’est génial, mais très rare…"

Assez indignée, Christine ajoute : "Je peux entendre chaque jour dans les groupes de discussions le manque de place, les enseignants non formés à la problématique (et cela n’est pas leur faute), des parents qui déscolarisent même leur enfant pour essayer de leur donner eux-mêmes les bons apprentissages,… De plus, la majorité des places sont occupées par des Français qui, les pauvres, ont encore moins de possibilités que nous, chez eux…"

La maman de Diego de lancer un appel à la ministre : "Je vous invite, Madame Milquet, à venir avec moi et quelques autres parents. À discuter et, si vous voulez, à aller vérifier ensemble la réalité du terrain. Votre réponse est une offense à tous les parents qui n’ont pas de places adéquates pour leur enfant !"

Autre point qui fait réagir les parents d’enfants autistes, c’est l’oubli d’informations dans la communication du porte-parole de la ministre. "Ils ne disent pas qu’il y a 10.211 enfants autistes en Fédération Wallonie-Bruxelles ! On ne cite que les chiffres qui arrangent ! Si on se base sur une population d’enfants francophones en dessous de 18 ans, à savoir 1.021.145 et qu’on applique le pourcentage d’autisme, à savoir 1 %, nous avons 10.211 enfants autistes en Fédération Wallonie-Bruxelles ! Enlevez les 1.207 enfants accueillis dans des classes adaptées (et quand bien même elles le seraient toutes et que tous les enseignants seraient formés est un doux rêve…) et enlevez la trentaine d’enfants bien pris en charge au Chat Botté et aux Jacinthes, combien d’enfants il vous reste ? 8.974 ! Voilà les chiffres, les vrais !"

Les parents sont furieux : "On veut une rencontre avec Joëlle Milquet ! Il s’agira encore d’un combat !"


La lettre ouverte à Madame Milquet

Quand on est touché en plein cœur, plusieurs options s’ouvrent à soi. Christine Van Pellecom a décidé de prendre la plume et d’écrire à Joëlle Milquet.

"Madame, Permettez-moi de vous dire que je vous excuse… Oui, sans doute n’êtes-vous pas encore au fait de toutes vos fonctions. Je vous excuse aussi, car sans savoir quelles sont vos positions, avant d’avoir un fils handicapé, je n’étais que peu réceptive au monde du handicap, ayant pourtant baigné dedans depuis mon enfance, ma maman travaillant dans un I.M.E. En fait, les personnes handicapées me faisaient peur… Quand Diego est arrivé dans ma vie, je me suis dit que c’était sans doute pour m’apprendre à mieux connaître ce monde qui m’avait fait tant peur. Ce que j’y ai découvert : l’angoisse, la peur, les diagnostics qui durent des années, les multiples diagnostics, la recherche d’écoles. J’y ai découvert aussi quelque chose de merveilleux, la solidarité entre parents. Je pense qu’ensemble nous sommes invincibles, nous voulons faire changer les choses ! Les chiffres que vous employez sont obsolètes, la réalité du terrain est tout autre, demandez aux écoles, si elles n’ont pas des listes d’attente d’enfants qui attendent une place adéquate et j’insiste sur adéquate. J’ai la chance moi-même de travailler dans une école ordinaire qui fait la part belle à l’intégration et même plus, puisqu’elle accueille des enfants qui ne sont pas en intégration, alors oui, ils ont une école, sommes-nous formés à les aider ? Non ! Le personnel s’épuise par manque de moyens… Les parents désespèrent de trouver une bonne école pour leurs enfants ! Elle est là, la réalité. Je pourrais vous dire tant de choses encore… Prenez contact avec moi et je vous parlerai, nous vous parlerons de notre quotidien et du quotidien de ceux qui n’ont même plus la force de parler. Nous nous sentons outragés et attendons un signe de votre part !"