Santé

L'Organisation internationale du travail (OIT) a décidé de ne pas renouveler ses partenariats controversés avec les fabricants de tabac pour ses programmes d'aide, mais a laissé la porte ouverte à d'autres coopérations sur des projets futurs. 

Le Conseil d'administration de cette agence de l'ONU chargée d'établir des normes internationales du travail est parvenu à ce compromis tard jeudi soir, afin de mettre un terme à plusieurs années de débats houleux sur cette question.

L'OIT a été critiquée à de multiples reprises pour ses partenariats avec les plus gros fabricants de tabac, qui ont expiré l'an dernier.

Elle se justifiait jusqu'ici en expliquant que l'argent du tabac lui donnait les moyens d'aider à améliorer les conditions de travail de quelque 60 millions de personnes employées dans la culture du tabac et la production de cigarettes dans le monde. Mais elle devait également faire face aux critiques lui reprochant de compromettre les efforts en vue de réguler l'usage du tabac et de réduire ses impacts négatifs sur la santé.

Elle a reçu depuis 2011 plus de 15 millions de dollars de la société Japan Tobacco International et de groupes liés à quelques-uns des plus grands fabricants de tabac pour "des partenariats de bienfaisance" destinés à réduire le travail des enfants dans les champs de tabac de quatre pays africains. Mais d'autres agences de l'ONU, comme l'Organisation mondiale de la santé (OMS), ont elles refusé purement et simplement l'argent des cigarettiers.

Jeudi, l'OIT a déclaré que son Conseil d'administration avait approuvé un vaste programme de trois ans visant à étudier les conditions de travail dans l'industrie du tabac et notamment le recours aux enfants en Tanzanie, Zambie, Ouganda et au Malawi.

L'OIT a indiqué que le programme allait coûter un total de 1,67 million de dollars par pays, qu'il faudra financer par des "contributions volontaires" de diverses sources. Mais elle a reconnu qu'elle n'avait pas encore reçu de promesses concrètes de dons.

La décision, adoptée jeudi soir par consensus, n'a cependant pas exclu explicitement toute future coopération avec l'industrie du tabac, ce qui donne lieu à diverses interprétations.

Pour Corporate Accountability, une association de la société civile basée aux Etats-Unis, l'OIT "a fermé le dernier canal d'influence de l'industrie du tabac au sein du système de l'ONU".

De son côté, Nicholas McCoy, chargé de programmes de partenariat à la Fondation ECLT, financés par British-American Tobacco et Philip Morris International, s'est félicité que l'OIT n'ait pas "spécifiquement suspendu" toute aide future des cigarettiers. "Cela laisse la porte ouverte", a-t-il dit à l'AFP.