L'approche des autorités est-elle trop sévère au regard des chiffres de l'épidémie de Covid-19 ? Certes, ceux-ci sont en hausse par rapport au mois de juin, mais ils ne sont en rien comparables à ceux de mars/avril, moment où le pic a été atteint. Aujourd'hui, 312 personnes sont actuellement hospitalisées pour une infection au coronavirus, contre 5.715 le 7 avril dernier. Pour Marius Gilbert, il est important de remettre les chiffres en perspective, afin de mieux comprendre pourquoi il faut rester sur ses gardes face au virus.

"Considérer que l'on en fait trop contre l'épidémie de Covid-19 au motif d'un niveau faible d'hospitalisations ou de décès tout en acceptant une transmission en hausse, c'est confondre vitesse et accélération", écrit l'épidémiologiste de l'ULB. "Ce serait un peu comme être sur l'autoroute dans une voiture dont l'accélérateur est bloqué en se disant: 'Jusqu'ici tout va bien, il sera toujours temps d'aller voir ce qui bloque la pédale quand je serai à 120 km/h.'


Il appuie son raisonnement sur une opinion publiée par nos confrères de La Libre. "Stabiliser l'épidémie à un régime de 2, 5 ou 50 morts par jour nécessiterait exactement les mêmes efforts de prévention", insiste-t-il.


Pour Marius Gilbert, les mesures qui ont été prises ces dernières semaines pour ralentir l'épidémie étaient inévitables. "En l'absence d'un 'game changer' comme le vaccin ou de meilleures options thérapeutiques, relâcher la prévention pour échapper à la 'tyrannie du risque zéro' ne nous avancera donc à strictement rien, sauf à retarder une réponse nécessaire, et à compter des morts en plus... Il y a eu au cours des dernières semaines une reprise indiscutable de l'épidémie en termes de cas, d'hospitalisations et de décès. C'est l'augmentation de la vitesse qui justifiait une intervention rapide et ferme, pas le niveau absolu de cette reprise."

Et d'ajouter: "En revanche, il y a différents moyens d'atteindre et de rester à un point d'équilibre (à une vitesse de transmission constante). Dans la gestion de cette épidémie, c'est là qu'est la marge de manœuvre et que peuvent intervenir des choix politiques, économiques et sociaux."