Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), onze vaccins candidats sont actuellement en phase finale d'approbation. Mais la course ne s'achève pas lorsqu'un vaccin est approuvé et entre en production de masse. "Les vaccins sont souvent sensibles à la température", explique le vaccinologue Pierre Van Damme (UAntwerp). "Certains fabricants utilisent la nouvelle technologie ARNm: le vaccin doit ainsi être maintenu à -70 degrés. La logistique sera donc un sacré défi, c'est le moins que l'on puisse dire."

C'est pourquoi les chercheurs de l'UAntwerp et les experts du secteur se sont réunis pour résoudre le problème de la logistique. Ce secteur se sent actuellement tout sauf prêt à assumer cette tâche importante, selon une enquête menée par l'organisation Pharma.aero auprès de plus d'une centaine d'entreprises de logistique pour l'industrie pharmaceutique: à peine 28% se disent prêtes pour la distribution des vaccins. Les obstacles qui sont apparus sont la garantie de la stabilité de la température, les problèmes de traçabilité, le manque d'infrastructures adéquates et la capacité de refroidissement limitée. Brussels Airport et l'organisation de fret aérien Air Cargo Belgium ont déjà mis en place le groupe de travail local "BRUcure" pour remédier à ces lacunes et faciliter l'importation et l'exportation efficaces du vaccin.

De plus, l'Union européenne est en retard dans la planification logistique, déclare Wouter Dewulf du Department of Transport and Regional Economics (TPR) de l'UAntwerp. "Les États-Unis ont une longueur d'avance: l'opération Warp Speed planifie méticuleusement la distribution nationale. Des entreprises de logistique et de messageries ont déjà été engagées, et l'armée jouera également un rôle important dans la logistique. L'Europe a déjà commandé des centaines de millions d'exemplaires des vaccins candidats prometteurs, mais leur distribution entre les États membres n'a guère été discutée jusqu'à présent. Pourquoi l'OTAN ne jouerait-elle pas un rôle, une sorte d''officier de liaison' entre les États-Unis et l'Europe?"

De nombreux détails liés à la planification et l'exécution de la vaccination doivent encore être éclaircis. "Allons-nous vacciner dans les hôpitaux?", demande le professeur Roel Gevaers (TPR). "La distribution sera-t-elle faite par le pharmacien et la vaccination par le médecin généraliste? Y aura-t-il des drive-in spéciaux comme au Spoor Oost à Anvers? Mais encore: quels groupes recevront le vaccin? Tous les vaccins candidats sauf un nécessitent une double vaccination: quelle base de données utiliserons-nous pour la tenir à jour?"

Les chercheurs souhaitent que le gouvernement réponde d'urgence à ces questions. Ils demandent qu'un groupe de travail soit constitué dès que possible. "Nous devons agir maintenant pour assurer une distribution efficace, équitable et sûre du vaccin", déclare M. Dewulf. "Imaginez: le vaccin a été approuvé et produit, mais sur le plan logistique, cela ne suit pas."