L'agence européenne des médicaments s'apprête à rendre son avis sur le vaccin Johnson & Johnson. Après Pfizer/BioNtech, Moderna et AstraZeneca, va-t-il être le quatrième vaccin approuvé sur le sol européen ?

Pour l'épidémiologiste l'Université d'Anvers, Pierre Van Damme c'est presque sûr, et c'est une excellente nouvelle. "Une dose et les gens sont vaccinés. C'est fantastique tant pour le grand public que pour la campagne de vaccination", s'est-il réjoui auprès de nos confrères de Nieuwsblad.

L'arrivée de Johnson & Johnson permettrait un coup d’accélération puisque contrairement à ses concurrents, cette nouvelle arme anti-Covid a la particularité de ne nécessiter qu'une injection et d'être plus facilement stockable. Il peut être conservé durant 3 mois à des températures de réfrigérateur standard, ce qui facilite sa distribution.

"Le vaccin peut être transporté dans des conditions faciles. Il est idéal pour les équipes mobiles et les médecins généralistes qui vaccineront à domicile ultérieurement", poursuit le scientifique. "Nous souhaitons également utiliser ce vaccin pour des groupes de population avec lesquelles il est difficile de fixer des rendez-vous : les marins, les professionnel(le)s du sexe, les demandeurs d'asile, les sans-abri. C'est précisément pourquoi il s'agit également d'un vaccin très important pour les pays en développement."

Cependant, les doses ne devraient pas être livrées avant le mois d'avril en Europe. "Nous ne connaissons pas encore le calendrier de livraison, mais nous prévoyons les premières doses dans la seconde quinzaine d'avril. C'est plus tôt que prévu", précise Pierre Van Damme.

Une seule dose sera-t-elle suffisante ?

"Il reste à voir s'il restera un vaccin à injection unique", s'interroge tout de même le vaccinologue. "Comme pour les autres vaccins, nous voulons savoir pendant combien de temps le vaccin offre une protection. Nous ne pouvons pas encore répondre à cette question."

L'entreprise pharmaceutique a annoncé étudier l'effet de deux doses, au lieu d'une seule, sur la protection immunitaire. Certains scientifiques ont exprimé des réserves sur l'effet de cette dose supplémentaire, du fait de la technique utilisée pour ce vaccin: le système immunitaire pourrait reconnaître le virus "véhicule" peu virulent injecté une seconde fois, et l'éliminer avant même qu'il puisse agir.

Le vaccin de Johnson & Johnson est un vaccin à "vecteur viral". Il utilise comme support un autre virus peu virulent, transformé pour y ajouter des instructions génétiques d'une partie du virus responsable du Covid-19. Une fois dans les cellules, une protéine typique du SARS-CoV-2 est produite, éduquant le système immunitaire à le reconnaître.

Quelle efficacité ?

Son efficacité a été testée lors d'essais cliniques sur environ 40.000 personnes âgées de 18 ans ou plus dans plusieurs pays, notamment les Etats-Unis, le Mexique, le Brésil et l'Afrique du Sud. Environ la moitié a reçu le vaccin, l'autre moitié un placebo, et les deux groupes ont été comparés.

Le vaccin s'est révélé efficace à 85% pour empêcher les formes graves du Covid-19, une donnée cruciale car c'est ce qui évite les hospitalisations et les décès. Aucune personne vaccinée n'est morte du Covid-19 lors des essais, contre sept décès dans le groupe placebo.

La vaccin était par ailleurs efficace à 66% pour prévenir les formes modérées à sévères de la maladie. Un taux qui regroupe des réalités différentes entre les pays: de 72% aux Etats-Unis, il passait à 64% en Afrique du Sud, où un variant (B.1.351) était déjà ultra-majoritaire au moment de l'essai clinique, selon les données analysées par l'Agence américaine des médicaments.

Et par rapport aux autres vaccins? Le résultat de 66% ne peut pas totalement être comparé avec les quelque 95% d'efficacité affichés par les vaccins de Pfizer et Moderna, avertissent les experts. En effet, les essais cliniques de ces deux derniers ont été menés alors que les variants, notamment le variant sud-africain, n'étaient pas encore répandus.

"J&J" a également annoncé démarrer prochainement des essais chez les adolescents, puis les enfants, ainsi que chez les femmes enceintes.

Des effets secondaires ?

Les effets secondaires les plus fréquemment observés lors des essais cliniques étaient une douleur à l'endroit de l'injection, des maux de tête, de la fatigue et des douleurs musculaires.

En Afrique du Sud, au moins un cas d'anaphylaxie - une grave réaction allergique - a été observé, selon l'entreprise. De telles réactions, quoique très rares, ont aussi été provoquées par des injections des vaccins de Moderna et Pfizer.

Où est-il autorisé en dehors de l'UE ?

Le vaccin de Johnson & Johnson est autorisé en urgence aux États-Unis depuis fin février. Il l'est également au Canada depuis début mars. Avant cela, l'Afrique du Sud avait également commencé à l'administrer.