Le chercheur marseillais se présente comme une star dans son milieu et prétend détenir la solution pour vaincre le coronavirus

Au sein de l’IUT marseillaise, le professeur Didier Raoult reste à pied d’œuvre. Les résultats du traitement administré à 24 patients, dont 75 % n’étaient plus contagieux après 6 jours ont longtemps été ignorés. Pourtant, il l’assure du haut de son expérience, de ses recherches et des nombreuses distinctions et marques de reconnaissance des chercheurs internationaux : la solution au coronavirus est bel et bien disponible et se nomme : hydroxychloroquine. Des tests devront cependant encore confirmer ses certitudes avant de pouvoir crier victoire.

Pas plus de chances de mourir du covid-19 que d’une autre infection respiratoire

C’est probablement la partie du discours la plus choquante du professeur Raoult. Fidèle à son style, volontiers provocateur, il l’avoue sans ambages : la folie médiatique entourant le coronavirus est “un monde parallèle par rapport au mien”. Pour lui, évoquant les statistiques de 2,6 millions de morts dans le monde chaque année dues à une infection respiratoire, les décès liés au coronavirus ne feront en rien exploser les statistiques. Évoquer des statistiques pourraient paraître cynique. Lui, met les chiffres en perspective. “Pour l’instant, on a plus de chance de mourir d’autres choses que du Covid-19. Le grand âge, les comorbidités et la prise en charge tardive sont des facteurs de mortalité.”

Ovni incompris ou scientifique dépassé ?

Ses déclarations fracassantes, ses certitudes, son entêtement : une position qui passe mal auprès de certains de ses confrères, sceptiques ou en colère, dénonçant des conclusions… indignes des modèles scientifiques. Pourtant, il l’assure, malgré le courroux de certains “petits marquis parisiens”, il n’est pas à contre-courant. Une fois de plus, il tance : “les maladies infectieuses, ce n’est pas très compliqué, c’est diagnostic et traitement. C’est le B-A ba, si les gens ne connaissent pas le B-A ba des maladies infectieuses ou de la chloroquine qui s’apprend en troisième année de médecine, je n’y peux rien. Je vais pas refaire l’éducation de ceux qui refont le monde sur les plateaux télé. Je me fous de ce que pensent les autres. Je ne suis pas un outsider, je suis celui qui est le plus en avance”, a-t-il martelé à nos confrères français. Dans son discours, on sent aussi une pointe de regret quant au peu de reconnaissance dans son propre pays. “Ce n’est pas parce que l’on n’habite pas à l’intérieur du périphérique parisien qu’on ne fait pas de science.”

Le dépistage massif, une partie de la solution

Comme bon nombre de scientifiques, Didier Raoult est aussi un adepte du dépistage massif, en opposition à la méthode du confinement. Mais il l’assure, “ce n’est pas ma méthode, ma stratégie, c’est du bon sens”. Et de s’interroger sur la stratégie gouvernementale qui ne prône pas ce dépistage intensif. Le confinement actuel, il ne le comprend tout simplement pas. “Jamais on n’a pratiqué ainsi à l’époque moderne. On faisait ça au XIXe siècle pour le choléra à Marseille. L’idée du cantonnement des gens pour bloquer les maladies infectieuses n’a jamais fait ses preuves. On ne sait même pas si ça fonctionne”, indiquait-il à nos confrères du Parisien lundi matin.

Les effets secondaires

Parmi les opposants à la généralisation du traitement à la chloroquine, certains évoquent de graves effets secondaires. Ce que réfute, une fois de plus, Didier Raoult. “Délirant”, assure-t-il encore, précisant que plus d’un milliard de personnes en ont déjà consommé et que ceux qui souffrent d’un lupus en prennent durant des années. “On ne va pas m’apprendre la toxicité du médicament”, s’insurge-t-il face à l’ignorance de certains médecins ou scientifiques vis-à-vis d’un médicament utilisé depuis des années et dont les effets secondaires sont très bien connus et maîtrisés. Le traitement à l’hydroxychloroquine qu’il administre à ses patients s’accompagne de doses d’azythromicyne (NDLR : un antibiotique contre la pneumonie bactérienne) afin d’éviter les surinfections bactériennes.

Des tests à grande échelle compréhensifs… mais inutiles

S’il comprend qu’on lance désormais des tests dans plusieurs pays pour confirmer les conclusions de son échantillon, il ne doute pas de l’issue de ceux-ci. Il s’en réfère à l’exemple chinois. “Là-bas, cela a fonctionné, il y a des gens soignés partout dans le monde. Ce seront les plus intelligents qui seront soignés. Si les gens ne veulent pas regarder les chiffres, je n’y peux rien.”

Celui qui s’autoproclame star mondiale dans son domaine s’indigne aussi de l’ignorance de certains de ses confrères quant aux vertus de la chloroquine. “J’ai fait une étude scientifique sur la chloroquine et les virus il y a treize ans, qui a été publiée. Depuis, quatre études d’autres auteurs ont montré que le coronavirus était sensible à la chloroquine. Tout cela n’est pas une nouveauté. Que le cercle des décideurs ne soit même pas informé de l’état de la science, c’est suffocant”, confiait-il encore à nos confrères du Parisien.

Autant de certitudes qui poussent à l’optimisme, mais qu’il faut aussi tempérer, comme le rappelait le ministre de la Santé français, Olivier Véran : “L’histoire des maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, de déceptions, de prises de risques inconsidérées, aussi.”

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