Avec cet appareil, il serait possible de doser ces micronutriments essentiels sans prise de sang. Une promesse qui laisse les nutritionnistes et médecins biologistes très perplexes.

Quel est le principe ?

Grâce à une sonde lumineuse appliquée sur la paume de la main, l’Oligoscan prétend pouvoir mesurer "en un instant" la quantité d’oligoéléments (fer, zinc, cuivre, iode…) et de métaux lourds (mercure, aluminium, plomb…) présents au cœur des cellules de la peau. Selon le fabricant luxembourgeois Luxometric-IPC, cet appareil s’appuie sur la spectrophotométrie, une méthode qui exploite la capacité des composés chimiques à absorber la lumière. L’Oligoscan enverrait un rayon sur la peau pour mesurer la quantité de lumière absorbée censée refléter les concentrations en oligoéléments.

Combien ça coûte ?

Le prix de cette "évaluation" varie de 65 à 150 €. Centres de thalasso, naturopathes, kinésithérapeutes, diététiciens, infirmiers, et même des médecins proposent d’établir un bilan à l’aide de l’Oligoscan.

Que peut-on en attendre ?

Les nutritionnistes et les médecins biologistes restent méfiants car aucune méthode simple pour doser de façon fiable ces éléments minéraux n’existe aujourd’hui. "Nous sommes en mesure de les doser dans le plasma et les urines mais cela exige des technologies bien plus sophistiquées que cet appareil portable", explique le Dr Benoît Chovelon, médecin biologiste. Ces minéraux sont présents en quantités infimes, de l’ordre de quelques milligrammes. Pour les experts, il est donc impossible d’évaluer leurs concentrations dans la paume de la main. Un avis renforcé par l’absence de preuves scientifiques.

Alors, quel est l’intérêt ?

Pour autant, des thérapeutes utilisent cet appareil et délivrent des conseils nutritionnels, voire des prescriptions de compléments alimentaires en s’appuyant sur les résultats de l’Oligoscan. Une pratique "malhonnête, charlatanesque et mercantile", dénonce le Pr Pierre Déchelotte. "En Occident, l’alimentation variée et équilibrée, mais aussi l’enrichissement de certains aliments comme l’ajout d’iode dans le sel, couvrent largement nos besoins", décrit le nutritionniste. La supplémentation systématique des personnes bien portantes est donc injustifiée.

Y a-t-il des risques ?

"Non seulement supplémenter quelqu’un qui ne souffre pas de carences ne sert à rien, mais en plus cela peut être dangereux", ajoute le Pr Déchelotte. En effet, la frontière entre la dose nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme et la dose toxique est parfois étroite. Pour le zinc ou le cuivre, il suffit de doubler les apports pour frôler le surdosage. Or, un surdosage chronique peut exposer à des risques réels pour la santé : affaiblissement du système immunitaire, troubles hépatiques, augmentation du risque de cancer…