L’Organisation mondiale de la santé semble avoir une dent contre l’e-cigarette. Pour quelles raisons l’agence de l’Onu met-elle en garde les vapoteurs ?

Juillet 2019. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie son rapport sur l’épidémie mondiale de tabagisme. Une fois de plus, l’institution déplore ce fléau. En France, avec 12 millions de fumeurs, il est à l’origine d’un décès sur huit. Pour se libérer de ce poison, 3 millions de Français utilisent la cigarette électronique, l’outil d’aide au sevrage tabagique le plus utilisé. Un phénomène qui inquiète l’OMS, au point de qualifier ce dispositif "d’incontestablement nocif". En effet, il n’y a aucun consensus scientifique sur ses effets. "L’e-cigarette est moins nocive que la cigarette", dit Guillemette Quatremère, chargée d’études à Santé publique France. "Mais qu’en est-il des risques qui demeurent ?" La plupart des vapoteurs sont des fumeurs ou ex-fumeurs. "Difficile de savoir si les effets nocifs viennent de l’e-cigarette ou du tabac."

Le nouvel eldorado des cigarettiers ?

En sept ans, le vapotage est passé d’une mode geek à un usage de masse. "En 2012, trois mois ont suffi pour que cinq compagnies de tabac rachètent des perles du secteur", affirme Bertrand Dautzenberg, pneumologue au CHU de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Ainsi réapparaît le tabac chauffé qui vante sa capacité de marier la moindre nocivité des cigarettes électroniques et le goût du tabac. Pour Philip Morris International, ce sera l’IQOS, rapidement contestée. Selon une étude suisse, on retrouve dans le tabac chauffé les mêmes composés organiques volatils, les mêmes goudrons et le monoxyde de carbone, que dans une cigarette classique. "Cette campagne n’est rien de plus qu’une tentative cynique par cette société de promouvoir ses produits mortels", s’indigne le Dr Vinayak Prasad, de l’OMS.

Éviter le tabac chauffé

Qu’en est-il de la cigarette électronique classique ? En juin dernier, Santé publique France annonce qu’en sept ans, 700 000 fumeurs disent avoir arrêté le tabac grâce à elle. L’aérosol de l’e-cigarette ne contient pas les substances irritantes, cancérigènes et toxiques, présentes dans la fumée de tabac. Pour autant, la moitié des Français conservent une mauvaise image de l’outil. Cela reflète, selon Guillemette Quatremère, une méconnaissance globale. Pour le Pr Dautzenberg, cette méprise vient aussi du grand nombre d’études affichant une dangerosité alarmiste et infondée de la cigarette électronique. "L’information ‘dangereuse’doit être proportionnée. Sinon, cela défavorise l’arrêt du tabac." Mais alors, pourquoi l’OMS est-elle si négative à son sujet ? Parce qu’elle estime qu’il n’y a pas assez d’études attestant de sa non-dangerosité, que la nicotine est une substance addictive, et que l’e-cigarette devrait donc faire l’objet d’une réglementation.