Les anti-inflammatoires non stéroïdiens

Ibuprofène, kétoprofène, naproxène... Les autorités médicales ont mis en garde contre l’usage de ces molécules pour atténuer la fièvre ou les douleurs, et conseillé de privilégier le paracétamol. La raison ? Les AINS pourraient exposer à un risque de complication et de forme grave de Covid-19 car ils bloquent l’inflammation, un phénomène naturel indispensable pour lutter contre les microbes. “En outre, dit le Dr Annie-Pierre Jonville-Bera, ils augmentent le risque de surinfection bactérienne en cas d’infection pulmonaire.” Dans le cadre des maladies chroniques ostéo-articulaires, notamment en cas de spondylarthrite, vous pouvez toutefois poursuivre votre traitement anti-inflammatoire si le paracétamol ne soulage pas assez les douleurs.

L’aspirine

À l’instar des autres anti-inflammatoires, l’aspirine à forte dose (plus de 500 mg par jour) est à proscrire. Mais si vous en prenez après un infarctus ou un AVC, il ne faut pas arrêter. À faible dose, elle n’a pas d’action anti-inflammatoire.

Les corticoïdes

Les corticoïdes inhalés utilisés par les asthmatiques n’augmentent pas le risque de contracter le Covid-19. Au contraire, ils permettent de prévenir les crises d’asthme déclenchées par les virus respiratoires, y compris le coronavirus. Il est donc important de prendre votre traitement habituel sans le modifier. Les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde ou de maladies auto-immunes traitées par des corticoïdes doivent eux aussi poursuivre leur traitement.

Les immunosuppresseurs

Utilisés en cas de maladies auto-immunes (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, lupus, psoriasis...) ou de greffe, ces traitements ne semblent pas accroître la gravité de l’infection par le coronavirus. “L’arrêt ou la modification des traitements n’est donc pas recommandé, notamment en raison des risques de rechute de la maladie ou de rejet de greffe, décrit le Pr Régis Bordet, responsable du Centre de pharmacolovigilance de Lille. Si des signes de l’infection surviennent, il faut contacter son médecin car ce sont des médicaments difficiles à manier qui ont chacun leur particularité. La décision de les interrompre ou de les maintenir doit être prise au cas par cas.”

Les antihistaminiques

 Ils peuvent toujours être utilisés pour atténuer les symptômes de l’allergie saisonnière. “Ils bloquent l’histamine, la molécule responsable des signes allergiques. Ils ne modifient pas la réaction du système immunitaire face à des microbes”, dit le Dr Jonville-Bera.

Les antihyper­tenseurs

Pour nous infecter, le coronavirus s’attache à une protéine présente à la surface des cellules: le récepteur ACE2. Or, certains antihypertenseurs, les inhibiteurs de l’enzyme de conversion (IEC) et les sartans, pourraient augmenter l’expression de cette protéine, c’est-à-dire la quantité que nos cellules produisent. Des spécialistes ont donc supposé qu’ils pouvaient favoriser le développement de l’infection et de formes sévères de Covid-19. “Mais selon de récentes études, cela ne semble pas être le cas, assure le Pr Bordet. D’autres travaux suggèrent même qu’ils confèrent une protection.” En l’état actuel, tous les experts s’accordent donc à dire qu’il ne faut pas arrêter ces traitements.

Les sirops antitussifs

 Si la toux s’accompagne de crachats, il ne faut pas tenter de la limiter. En revanche, si elle est sèche et gênante, et ne permet pas de libérer les bronches, un sirop peut être indiqué durant quelques jours. Dans le contexte épidémique actuel, deux molécules doivent toutefois être évitées : la pholcodine (Broncalene, Biocalyptol...) car il existe un risque d’allergie croisée avec les curares utilisés en anesthésie et en réanimation, et le dextrométhorphane (Humex, Vicks, Drill...). “Des études suggèrent que ce composé pourrait favoriser l’entrée du virus dans les cellules,” explique le Dr Jonville-Bera.