Les reins permettent de maintenir constante la quantité d’eau dans l’organisme ainsi que les concentrations en calcium, sodium, potassium… dans le sang. Et ce, quel que soit l’environnement (alimentation, climat, activité...). « Ces organes exercent un filtrage très fin, explique le Pr Corinne Isnard Bagnis, néphrologue. Ils retiennent et réexpédient dans la circulation sanguine la quantité de substances dont l’organisme a besoin, et évacuent dans les urines ce dont il doit se débarrasser. » Le contenu de l’assiette et les reins sont donc liés : une alimentation déséquilibrée peut les endommager, et ils nécessitent, quand ils sont atteints, des ajustements diététiques destinés à compenser la baisse de leur fonction.

 Diabétique ou hypertendu, on les préserve !

Le diabète de type 2 est la première cause de perte de fonction rénale en France. « Cette maladie atteint les vaisseaux sanguins, précise le Pr Isnard Bagnis. Or, les reins sont constitués de petits vaisseaux sanguins. » Quant à la pression artérielle, ils sont impliqués dans sa régulation. « Lorsque la tension est située au-delà de seuils acceptables, cela peut conduire à la dégradation irréversible de leurs fonctions », met en garde la néphrologue. « Par l’alimentation entre autres, on va chercher à équilibrer le diabète et à avoir une tension inférieure ou égale à 13/8 », souligne Marie-Paule Dousseaux, diététicienne.

Diminuer le sel. 6 g max par jour, soit 4 g de sel ajouté et/ou apportés par les aliments salés. On préfère le fait maison à l’industriel et on utilise des aromates au lieu du sel.

Prévoir des fruits et légumes à chaque repas. Ils sont riches en potassium, essentiel pour lutter contre l’hypertension, et en fibres qui contribuent à réguler la glycémie. « Il faut 2 à 3 fruits par jour et 1 à 2 portions de légumes par repas », détaille la diététicienne.

Privilégier les céréales complètes. Elles aussi sont riches en potassium et en fibres.

Surveiller les apports énergétiques. En cas d'excès pondéral, ils doivent être ajustés aux dépenses pour déstocker. On réduit en priorité l’alcool, les graisses et les produits sucrés.

Contrôler les apports en protéines. « Trop de protéines forcent les reins à travailler plus, ajoute Marie-Paule Dousseaux. On couvre ses besoins avec 0,8 g de protéines par kilo de poids corporel/jour, soit 48 g pour une personne de 60 kg au stade d’insuffisance rénale 2 ou 3. » On équilibre ses apports en viande et poisson (100 g ou 2 œufs = 20 g de protéines), laitages (1 yaourt = 5 g), légumineuses (7 g/100 g cuit) et céréales (3 à 5 g/100 g).

Consommer 2 à 3 produits laitiers par jour. Cela permet de couvrir les apports en calcium (900 mg/jour), qui intervient dans la régulation de la pression artérielle. Les eaux du robinet ou minérales en contiennent, elles, entre 100 et 200 mg par litre.

Insuffisance rénale avérée : on fait durer leur fonctionnement

Quand les reins, atteints, n’assument plus correctement leur rôle, l’alimentation doit ne pas aggraver leur état et compenser leur déficit de fonctionnement pour limiter les répercussions sur l’organisme. Et cela, sans entraîner de perte de poids ni de dénutrition.

Réduire les protéines. Aux stades 4 et 5 de l’insuffisance rénale, on va vers 0,4 g à 0,6 g par kilo de poids corporel/jour, mais avec une supplémentation en acides aminés et éventuellement en calcium. « Cela permet de diminuer l’urée sanguine qui provoque des nausées, des troubles digestifs, de la fatigue... », explique la diététicienne. Pour une personne de 60 kg, cela représente 24 à 36 g de protéines par jour.

Augmenter les aliments riches en énergie afin de majorer les apports caloriques pour éviter la dénutrition et la perte de poids : huiles végétales, oléagineux, riz, pommes de terre et maïs... et produits sucrés si nécessaire.

Conserver les habitudes sur les fruits et légumes à chaque repas, avec de la variété.

 En dialyse, on optimise le traitement

« Lorsque les reins ne peuvent plus éliminer l’eau et le sel, et que les valeurs sanguines de potassium, calcium, phosphate deviennent impossibles à corriger avec des médicaments, on propose aux patients la dialyse », dit le Pr Isnard Bagnis. Cette méthode consiste à faire passer le sang à travers un filtre qui va épurer le corps de l’eau et d’un certain nombre de molécules indésirables. Le contenu de l’assiette doit aller dans le sens du traitement pour l’aider.

Modérer les fruits et légumes. Ils sont riches en potassium qui, présent en quantité inadéquate dans l’organisme, peut provoquer des crampes. En cas de taux sanguin élevé, on se contente de 2 petits fruits et 2 à 3 portions de légumes par jour. « Il est aussi conseillé de cuire les végétaux à l’eau sans la consommer car ce minéral est soluble dans l’eau, et d’ôter la peau qui a tendance à le concentrer », recommande Marie-Paule Dousseaux.

Préférer les céréales blanches. Les versions complètes renferment du potassium ! Attention aussi aux pommes de terre et légumineuses qui en sont riches : on alterne avec le riz, les pâtes et la semoule qui en contiennent peu !

Contrôler les boissons. La dialyse étant le seul moyen d’éliminer l’eau, on boit modérément pour éviter l’œdème. « L’idéal est d’utiliser une vaisselle de petite contenance pour réduire la quantité de boissons, suggère
la diététicienne. Pour lutter contre la soif, on se rince la bouche avec de l’eau, citronnée ou mentholée, ou on suce des glaçons. » Et on ne mange pas trop salé : cela donne soif !

Cuisiner maison. Les produits industriels contiennent souvent du phosphate qui, lorsqu’il s’associe au calcium, durcit les vaisseaux et les artères.

Réajuster les apports en protéines. 1 à 1,2 g par kilo de poids corporel pour éviter la dénutrition.

Comment s’alimenter en cas de calculs rénaux

La maladie lithiasique frappe un Français sur dix, avec une forte probabilité de récidive.
La prévention passe par une hydratation intelligente et une meilleure sélection des aliments.

La cause des calculs rénaux est souvent multifactorielle et rarement seulement liée à une maladie rénale, et la fonction des reins est le plus souvent préservée. Mais la colique néphrétique ou “mal de pierre” représente, d’après ceux qui l’ont connue, une des douleurs les plus importantes qui existent… Ce phénomène, qui apparaît le plus souvent entre 30 et 50 ans et frappe davantage les hommes que les femmes, est dû à la présence de petits “cailloux” dans les reins qui se coincent et empêchent ainsi l’élimination de l’urine. « Ces cailloux résultent de l’agrégation et de la précipitation de multiples petits cristaux, souligne le Pr Isnard Bagnis. Bien que la formation de ces calculs soit complexe et multifactorielle, la prévention se fait en grande partie par l’alimentation et les boissons. Et la diététique recommandée est souvent très éloignée des croyances populaires ! »

Fractionner l’alimentation

« Bien répartir quantitativement et qualitativement les apports alimentaires sur la journée permet de ne pas avoir une concentration trop importante en éléments susceptibles de précipiter dans l’urine, explique Marie-Paule Dousseaux. Mieux vaut 3 ou 4 repas plutôt que 2. »

Privilégier les aliments protecteurs

Les produits laitiers. Du calcium, il en faut ni trop, ni trop peu ! En excès, il favorise la formation des calculs, et, si les apports sont insuffisants, l’organisme en puise dans les os. La bonne dose : 750 à 900 mg par jour, que l’on atteint facilement avec 2 à 3 produits laitiers par jour (1 verre de lait = 1 yaourt = 100 g de fromage blanc = 30 g de fromage) et une alimentation variée.

Les fruits et les légumes. « Ils renferment du potassium, du magnésium et des citrates qui rééquilibrent les éléments qui ont tendance à cristalliser, explique la diététicienne. Ils doivent être présents à chaque repas, sous toutes les formes et en variant. »

Les céréales complètes. Comme les fruits et les légumes, elles renferment des nutriments empêchant la lithiase. On troque
le raffiné contre le complet et on en consomme à chaque repas en quantité adaptée à ses besoins.

Contrôler les aliments à risque

Le sel. « En excès, il augmente dans les urines la quantité de substances susceptibles de précipiter (oxalates, phosphates, calcium), explique la spécialiste. Pas plus de 6 g par jour ! » On sale donc modérément ses plats et, surtout, on limite la consommation de produits industriels, conserves, fromages, charcuteries, pains et salaisons.

Les protéines. Comme le sel, elles favorisent la précipitation des cristaux. On se limite à 0,8 à 1 g de protéines par kilo de poids corporel/jour (48 à 60 g si on pèse 60 kg) en modérant et en fractionnant la consommation d’aliments qui en sont riches : viandes, poissons, œufs, légumes secs et, dans une moindre mesure, céréales.

S’hydrater intelligemment

Pour que l’urine ne soit jamais trop concentrée, il faut la diluer. « Son volume doit être supérieur à 2 l par jour, ce qui implique de boire au moins 2 l d’eau par jour, voire plus en cas de chaleur, de pratique sportive, de fièvre, de diarrhée... », dit Marie-Paule Dousseaux. On privilégie l’eau, plate ou gazeuse pauvre en sodium (Salvetat, San Pellegrino, Perrier), du robinet ou modérément minéralisée, chaude ou froide, les infusions, le thé. Pour une bonne dilution des urines, le tempo est également essentiel : rien ne sert de boire 1 l le matin et plus rien après. Il faut s’hydrater toute la journée, pendant et en dehors des repas. « Dans les lithiases récidivantes, on recommande de boire au coucher et de reboire au cours de la nuit si on se lève pour uriner. »

Et après une greffe ?

« Quand on a un rein qui fonctionne, il faut le protéger car on n’en a qu’un seul ! », met en garde Marie-Paule Dousseaux. Ainsi, si au début de la transplantation, on peut être à 1 g de protéines par kilo de poids corporel, mieux vaut progressivement descendre à 0,8 g, et il faut également faire attention au sel. « Pour le reste, l’alimentation doit être variée, équilibrée et adaptée en glucides car le traitement a tendance à être hyperglycémiant », résume la diététicienne.