Seulement un Belge sur quatre a augmenté sa consommation d'alcool, révèle une large enquête de l'UCLouvain.

La crise planétaire engendrée par le Covid-19 nous a-t-elle tous rendu accro à l'alcool ? Cette idée généralisée, diffusée et crainte ne s'avère pas juste. Une large enquête sur la consommation d'alcool menée par l'équipe du professeur Pierre Maurage, de l’Institut de recherches en sciences psychologiques de l’UCLouvain, met à mal cette pensée commune.

Analysant les résultats obtenus à partir de plus de 10 000 questionnaires remplis, Pierre Maurage est formel : " Le confinement n'a pas mené à une augmentation généralisée de la consommation d’alcool. Si 25% des répondants décrivent une consommation en hausse, avec une hausse hebdomadaire moyenne de 6 doses standard d’alcool; 46% reportent une consommation stable et 29% rapportent même une réduction de leur consommation suite au confinement ".

Côté baisse de consommation, certaines grandes tendances prédites ont en effet eu lieu : " Chez les étudiants, on a vu une baisse massive de la consommation d’alcool très marquée quel que soit le sexe, 61 %, mais encore plus massive chez les hommes : 70 %" Globalement d'ailleurs, on constate une réduction de la prise d'alcool plus marquée chez les hommes " qui ont plus d'occasions en temps « normal » de consommer de manière sociale : dans les cafés, les buvettes des clubs de sport, . ..". Tandis que chez les femmes, la baisse de la consommation en cette période atteint 23% : " On peut estimer que les charges familiales qui incombent toujours davantage aux femmes jouent un rôle dans cette moindre baisse" . Car la charge mentale, le soin des (jeunes) enfants font augmenter le stress, qui comptent comme principales causes de recours à l'alcool !

La baisse de consommation s’explique aussi " par l’absence de contacts sociaux : les personnes qui boivent habituellement entre amis boivent moins. « Même si la participation à des apéros en ligne, qui est assez répandue (38% des répondants) est associée à une hausse de la consommation ", relate encore Pierre Maurage

Baisse des addictions

Le confinement et la situation de crise augmentent la consommation chez les personnes avec un niveau d’études plus élevé (supérieur : 28 % contre 22 % : secondaire) et chez celles et ceux qui font du télétravail (37 %) ou qui ne travaillent plus (38 %) durant le confinement. " Les personnes qui travaillent de chez elles peuvent s'autorisent plus volontiers un apéro ou un verre de vin avec le repas du midi. Et le fait de ne pas avoir de temps de trajet conduit plus facilement à se détendre devant un verre de façon plus généralisée ", estime le professeur.

En conclusion, " Si l'étude montre bien un lien entre pensées négatives ( 54 % se disent fortement anxieux et 66 % sont insatisfaits dans leurs contacts sociaux, Ndlr ) et consommation d'alcool, on voit que tout le monde ne passe pas par l'alcool pour réguler ces émotions-là ". Ni par d'autres addictions : concernant la consommation d’autres substances, la baisse est généralisée : cigarettes 42 %, cannabis : 52 % et cocaïne 75 %.

L'équipe de l'UCLouvain continue à engranger les réponses à son questionnaire jusque dimanche 3 mai compris. Vous pouvez y participer ici. Et recontactera par la suite pour une troisième vague d'étude post-confinement les personnes ayant fourni un mail.