Sabine vander Elst, infirmière, dévoile dans un livre les coulisses peu reluisantes des centres hospitaliers belges.

"Un jeunot tout juste diplômé avait un jour annoncé la mort d’un patient à la famille. Il y avait mis toute l’empathie nécessaire (c’est parfait) et leur avait proposé de revenir deux heures plus tard, le temps que nous puissions réaliser la toilette mortuaire. Jusque-là, tout va bien. Sauf que le patient n’était pas encore mort ]...] Sans me signaler cette broutille, ce jeune collègue m’avait demandé de commencer la toilette mortuaire...." Le patient, en état de mort cérébrale, sera ensuite rebranché. "J’ai appris que, par la suite, comme le patient s’obstinait à vivre et que la famille allait arriver, mon collègue a pris de la morphine et l’a injectée à grande dose, dans le but de foudroyer son malade et de pouvoir terminer cette fichue toilette."

L’extrait, qui fait froid dans le dos, fait partie des anecdotes et histoires - toutes vraies mais adaptées pour préserver le secret médical - reprises dans le livre Aventures et mésaventures d’une infirmière , sous la plume de Louise Gallez, nom choisi par Sabine vander Elst et son compagnon, Pascal Gallez (Ed. La boîte à Pandore).

Sabine vander Elst est dynamique et aime profondément son métier d’infirmière. Elle précise: "Je n’ai jamais tué personne. Je sais que j’ai sauvé la vie de neuf personnes aux urgences. "

Celle qui a travaillé "dans une douzaine d’hôpitaux" , soutient aussi que les services "sont obligés de magouiller. Imaginez qu’on constate qu’il manque un produit, qu’il n’a pas été comptabilisé, on le retrouvera facturé deux fois sur le compte du patient!"

Sabine enseigne sa vocation à des centaines d’étudiants. Pourtant, elle l’affirme: "On nous tue notre vocation. Si on nous maltraite, nous, soignants, comment trouver les moyens pour rester bienveillants? Je rêve de m’en occuper avec ma vocation, et pas avec la mentalité de nos gestionnaires et encore moins des politiques actuels."

Elle n’est pas dégoûtée par la situation. En revanche, "j’avais peur. Très peur. On nous pousse à aller au-delà de nos limites. On est peu pour un grand nombre de patients, les conditions ne sont pas optimales. La fatigue et le stress peuvent être à l’origine d’erreurs. J’allais au travail la peur au ventre, je craignais de tuer un patient."

Ce livre, écrit pour dénoncer la situation, est également porteur d’espoir. Elle souhaiterait que son livre trouve écho auprès des futurs infirmiers et des enseignants. Elle rêve que soit améliorée la qualité de formation des infirmiers "et qu’on teste leur motivation. Il ne faut pas que celle-ci soit guidée par Grey’s Anatomy ! La toilette intime des patients, le vomi, ce sont les premières choses auxquelles on est confrontés lors de stages."

Pour améliorer la situation, elle espère aussi que des moyens supplémentaires (humains et financiers pour les services et la formation) soient dégagés par les hôpitaux et les politiques.