La lactoferrine, une protéine présente en forte concentration dans le lait maternel, a fait l'objet d'un petit essai clinique à Rome. Les organisateurs ont fait état de résultats positifs mais déclaré que des recherches supplémentaires étaient nécessaires.

De nombreux pharmaciens du centre de Rome ont déclaré à l'AFP qu'ils faisaient depuis face à une forte hausse de la demande.

"Nous ne savons rien de ce produit", a déclaré une pharmacienne à l'AFP sous couvert d'anonymat, confirmant une demande en forte hausse. "Quand les gens ont peur, ils sont prêts à croire n'importe quoi".

La demande de lactoferrine fait suite à un reportage réalisé en juillet dernier au cours duquel Elena Campione, professeur de dermatologie à l'université de Tor Vergata à Rome et l'un des organisateurs de l'essai clinique, a fait des déclarations fortes.

"Nous avons décidé de traiter les patients positifs au Covid-19, au stade précoce de la maladie", a-t-elle déclaré. "C'était incroyable mais 10 jours après le début de la thérapie, les symptômes ont disparu et le test PCR (pour le coronavirus) était négatif", avait-elle déclaré.

Ces déclarations sont devenues virales sur les réseaux sociaux, mais la vidéo a fait long feu.

Elle a cependant refait surface lorsque les cas de virus ont commencé à augmenter en septembre et octobre, entraînant une forte demande de produits à base de lactoferrine.

"Aucune preuve clinique"

Bien que la substance soit le plus souvent vendue comme supplément pour bébés, elle est également commercialisée par une entreprise sous la marque "CovAlt" et vendue dans le cadre d'une gamme de produits qui comprend des gels pour les mains et d'autres produits associés à la lutte contre le virus.

"Je reçois de nombreuses demandes à ce sujet, alors je réponds collectivement à tout le monde", a écrit sur Twitter Roberto Burioni, un célèbre professeur de virologie à Milan (nord) qui dirige un site web appelé Medical Facts.

"Il n'existe aucune preuve clinique de l'utilité de la lactoferrine dans la prévention ou le traitement du Covid-19", a-t-il assuré.

Une position partagée par les autorités sanitaires espagnoles qui ont récemment ordonné à un médecin de cesser de populariser ses produits à base de lactoferrine et l'ont dénoncé pour avoir mené des études non autorisées.

Le Dr Gabriel Serrano serait maintenant sous le coup de sanctions de la part de l'autorité sanitaire régionale de Valence pour ses activités.

"Comme une psychose"

Une grande pharmacie du centre de Rome a expliqué à l'AFP qu'elle écoulait désormais jusqu'à 100 boîtes de ce supplément chaque semaine, contre seulement deux ou trois par mois en temps normal.

"La saison de la grippe approche, alors peut-être que certains achètent ce produit pour cette raison", a déclaré un employé de la pharmacie Igea San Gallicano. "Mais si quelqu'un vient et achète en gros, vous savez qu'il l'achète à cause du Covid".

Une autre pharmacienne, debout devant des boîtes de "CovAlt" et autres compléments, a déclaré à l'AFP que son commerce familial avait vu lui aussi une hausse de la demande.

Avant, "ils venaient demander des conseils sur ce qu'ils pouvaient prendre pour renforcer leur système immunitaire contre le Covid. Maintenant, ils viennent et demandent ces compléments par leur nom", a-t-elle souligné, en faisant état d'un bond des ventes de ce produit dans les grandes pharmacies, "comme une psychose".

Contactés par l'AFP, le Laboratorio della Farmacia, qui fabrique la gamme CovAlt, et le ministère de la Santé, n'ont pas donné suite.

Premier pays touché en Europe par l'épidémie en février, l'Italie a enregistré plus de 38.000 morts.