Véronique, infirmière des urgences de l’hôpital Érasme, témoigne des conséquences del acrise du coronavirus sur le personnel.

Depuis plus de 30 ans, Véronique exerce le métier d’infirmière. Passée par Bordet et l’ancien Hôpital français, elle s’est retrouvée en première ligne au sein des urgences de l’hôpital Érasme face à une épidémie sans précédent. Alors qu’aujourd’hui les chiffres sont au plus bas, le personnel hospitalier souffle mais reste attentif. "Ça a été très marquant, très remuant", lâche-t-elle. "Surtout dans le fait de voir le personnel être touché et parfois gravement par la maladie. On a eu quelques décès chez nous, et ça a été très dur de voir des collègues partir. Au niveau des patients, il s’agissait surtout de personnes âgées, il y a des périodes où on s’est retrouvés avec la morgue totalement pleine. On a donc dû transférer des patients vers d’autres endroits. Pour moi, ça a été le plus dur. On savait qu’il y avait des décès mais on ne les voyait pas forcément. Un jour, je suis tombée face aux corps que l’on déplaçait ailleurs, la morgue étant saturée. Cela a eu un double effet. C’est comme si j’avais pris une gifle. Je me suis rendu compte d’un coup de ce qu’il se passait. Le voir de si près était très impressionnant."

Si le personnel n’a jamais manqué de matériel de protection, la charge de travail n’a jamais été aussi importante. Entre heures supplémentaires quasi quotidiennes, arrivées massives de patients et stress de contracter le virus, la crise a laissé des traces. "Je n’ai jamais su couper avec le boulot. J’ai vécu H24 avec cette épidémie et j’ai encore des réminiscences d’images aujourd’hui. On n’a pas encore un sommeil réparateur, le traumatisme est encore présent et je crois que ça le restera longtemps. Ça nous hante encore la nuit."

L’infirmière bruxelloise de 54 ans poursuit : "C’est très différent de ce qu’on a pu vivre avec les attentats, où le flux de malades a été très ponctuel, en l’espace de deux jours. Ici, on l’a vécu sur plusieurs semaines."

Pour faire face à ces troubles, l’hôpital Érasme a mis en place une cellule d’accompagnement psychologique dédiée au personnel, et, depuis, les demandes sont nombreuses même si "tout le monde n’a pas encore mis de mots sur ses maux. On voit que les incapacités de travail tombent maintenant les unes après les autres. On ne sait pas pourquoi, mais on se doute que c’est lié. Le corps et le psychologique sont fatigués, les premiers effets commencent à se voir maintenant."

Aujourd’hui, le personnel doit être prêt pour le retour des patients chroniques, qui constituent une "seconde vague" plus silencieuse. "Les gens osent revenir, on le constate au quotidien, parfois dans des états pires qu’avant. Ils représentent une charge de travail assez lourde pour nous, on s’épuise encore et encore", reconnaît-elle.

Et face aux divers rassemblements qui se sont produits ces dernières semaines, de la manifestation contre le racisme aux fêtes improvisées à Ixelles, Véronique se montre craintive pour la suite. "Les gens ne se rendent pas compte. On comprend qu’ils veuillent sortir à nouveau et profiter de la vie, mais il faut aussi qu’ils pensent aux conséquences de leurs actes. On redoute une seconde vague et, si elle arrive, on n’aura pas le même punch, pas la même énergie. Le personnel est très fatigué, beaucoup n’ont pas pu prendre de congés. Si ça devait revenir bientôt, car on ne sait pas quand, ni comment, ça reviendra, on ne pourrait pas donner autant ce qu’on a donné en mars et en avril. L’usure est là, la motivation ne serait pas la même qu’avant", conclut-elle.