Santé Les fumeurs occasionnels ou "festifs" ont autant de soucis à se faire que les gros fumeurs.

"Aucune cigarette n’est innocente." Cette évidence a été vérifiée en 2005 par une étude norvégienne effectuée auprès de 43 000 personnes sur une durée de près de 30 ans. Les chercheurs y avaient constaté que les personnes fumant de 1 à 4 cigarettes par jour, ceux qu’on appelle les "petits fumeurs" avaient un taux de mortalité 1,5 fois plus élevé, toutes causes confondues, que les non-fumeurs. Ils étaient même 3 fois plus susceptibles de mourir d’une maladie cardiovasculaire qu’une personne qui ne fume pas.

Tout récemment, des chercheurs américains ont publié dans The Lancet le résultat de leur étude sur plus de 25 000 participants divisés en trois groupes : non-fumeurs, gros fumeurs (plus de 30 cigarettes par jour) et petits fumeurs (5 cigarettes ou moins par jour).

Le résultat est alarmant : la fonction pulmonaire des petits fumeurs diminue presque aussi rapidement que celle des gros fumeurs : les capacités pulmonaires, c’est-à-dire le volume d’air que peuvent contenir les poumons, d’un petit fumeur vont être altérées en 1 an alors qu’un gros fumeur va lui les perdre en 9 mois. "Beaucoup de personnes pensent que fumer quelques cigarettes par jour n’est pas si mauvais pour la santé", explique Elizabeth Oelsner, chercheuse et directrice de cette étude.

Effectivement, tout cela semble encore bien nébuleux pour les 22 % de fumeurs en Belgique et les fumeurs français : une enquête de Santé publique France auprès de 4 000 fumeurs avait déterminé que ceux-ci savaient que fumer favorisait le cancer et 75 % craignaient d’en avoir un à cause du tabac. En revanche, ils sous-estimaient totalement les seuils de dangerosité ! En moyenne, les fumeurs pensent qu’il faut fumer au moins 12 cigarettes par jour pour risquer d’avoir un cancer. Un fumeur sur quatre seulement voit le danger dans le fait de fumer 1 cigarette quotidienne. Et les fumeurs de moins de 10 cigarettes estiment que leur consommation est trop faible pour risquer de développer un cancer dû au tabac. "Il s’avère que la différence de perte de fonction pulmonaire entre une personne qui fume 5 cigarettes par jour et une personne qui fume deux paquets quotidiennement est relativement petite" , alerte la directrice de recherche.

Un autre pan de l’étude s’est penché sur les sujets qui ont arrêté la cigarette. Les scientifiques ont trouvé que bien que la capacité pulmonaire des ex-fumeurs déclinait à une vitesse bien moindre que celle des fumeurs, le taux de déclin ne se normalisait pas avant au moins 30 ans !

Fumer peu ou beaucoup et longtemps, même combat ? Non et cette étude n’incite pas à fumer plus. Il faut savoir que le tabagisme multiplie par au moins 10 à 25 le risque de développer un cancer du poumon. "Tout le monde devrait être fortement encouragé à arrêter de fumer, peu importe le nombre de cigarettes que l’on fume", conclut la professeure Oelsner.