Wiilly Mboyo, 58 ans, infirmier en chef aux Hauts Prés, une maison de repos située à Uccle : "la période du covid a été éprouvante"

Les maisons de repos de ce pays ont payé un lourd tribut au coronavirus. Dans ces établissements, des milliers de soignants ont agi en première ligne. Willy Mboyo, 58 ans, exerce la profession d’infirmier depuis 18 ans. Il est actuellement chef du personnel infirmier à la maison de repos des Hauts Prés, à Uccle. "Le début de l’épidémie a été assez brutal. On n’y était pas préparés. Heureusement, on disposait de quelques blouses, masques pour un usage réduit, lorsque des patients étaient atteints d’autres maladies contagieuses que le Covid. On a surtout eu la chance d’avoir une équipe soudée, et nous avons de ce fait eu peu d’absentéisme parmi le personnel" , nous explique-t-il.

Cette maison de repos sera dans l’ensemble épargnée par l’épidémie. Plusieurs patients symptomatiques ont dû être écartés mais aucun n’a au final été testé positif.

"Mais la période a été très éprouvante. Nous avons fait face à la pression des familles, mais aussi à celle des résidents, à leur stress , reprend Willy Mboyo. En tant qu’infirmier en chef, mon rôle était de les rassurer. Quand nous avions un cas suspect, il fallait l’isoler dans un étage spécifique. C’étaient toujours les mêmes soignants qui s’en occupaient pour éviter de faire circuler le virus. Ces personnes étaient rapidement épuisées, il fallait les remplacer."

L’état de santé psychologique des résidents a également constitué une difficulté supplémentaire.

" Beaucoup de patients n’ont toujours pas compris ce qu’il se passe. On me demande encore parfois ‘le Covid, c’est quoi ? . O n explique toujours aux personnes de suivre les recommandations du gouvernement car beaucoup de fausses informations ont circulé sur les réseaux sociaux. Certains résidents m’ont dit ‘le Covid, ça n’existe pas’. Comme on n’a pas eu de mort, certains sont persuadés qu’on a inventé le Covid pour les garder enfermés. D’autres disaient : ‘J’ai 90 ans, si le virus m’emporte, qu’est-ce que cela peut me faire ?’ Une patiente qui avait vu sa demande d’euthanasie refusée m’a même demandé de lui injecter le virus ! Plus le confinement durait, plus c’était difficile à gérer. Avec les patients atteints de démence, c’est compliqué : ils enlèvent leurs masques et on doit tout le temps être vigilants. "

Les nouvelles mesures annoncées sont accueillies avec une certaine perplexité. "Dès lundi, des patients pourront retourner passer une nuit dans leur famille. Mais ensuite, nous devrons les confiner une semaine… C’est beaucoup de contraintes."

Le confinement a toutefois fait ressortir des qualités que cet infirmier en chef ne soupçonnait pas chez ses collègues. "Les résidents étaient confinés et les visites n’étaient plus autorisées, comme les coiffeurs.... Certains ont fait office de coiffeur, de manucure. J’ai découvert des talents cachés chez mes collègues. On a vraiment touché à tout !"