Sexualité Les applications de rencontres donnent souvent comme résultat un "trash dating", en clair "un rendez-vous poubelle" ou "coup d’un soir".

La photo de profil est pas mal, on s’échange quelques messages via une application de rencontre, le feeling passe bien entre les deux personnes concernées. L’étape suivante, c’est le rendez-vous. Arrivés sur place, les sentiments se bousculent chez chacun : "pas moche", "canon", "quelle déception" ou encore "ne jamais juger le physique en premier". La suite n’est pas toujours un conte de fées, parfois la rencontre vire à ce qu’on appelle le "trash dating".

Une étude consacrée à ces premiers rendez-vous a été réalisée par le pôle Genre, sexualité et santé sexuelle de l’Ifop (l’Institut français d’opinion publique). Publiée le 22 novembre, en voici les résultats marquants.

Sur un échantillon de 1 031 personnes interrogées, 67 % d’entre elles trouvent "que la personne ne correspondait pas au profil présenté sur le site." Elles sont aussi 53 % à être déçues "au point d’écourter au maximum la durée du rendez-vous". Sur l’ensemble des femmes questionnées, 58 % disent avoir été dans cette situation contre 49 % chez les hommes.

Parfois, ce sont les attitudes qui laissent à désirer. Trois catégories de comportements sont présentées dans l’enquête. Premièrement, les situations qualifiées de "serendipidating" ne sont pas rares. Il s’agit des cas où une personne repousse le premier rendez-vous en espérant rencontrer quelqu’un de mieux. Pas moins de 32 % des sondés ont déjà vécu l’expérience. Deuxièmement, le "fishing" a lui aussi été observé dans 25 % des cas. Il s’agit "d’envoyer le même message à plusieurs personnes puis d’échanger avec celles qui y répondaient en premier en laissant les autres de côté sans explication." Cette attitude s’observe davantage chez les jeunes utilisateurs âgés de 18 - 24 ans et chez les garçons. Troisièmement, des utilisateurs refusent une rencontre avec quelqu’un mais continuent de leur porter un intérêt en les suivant sur les réseaux sociaux. Cela s’appelle le "breadcrumbing".

Les "coups d’un soir" sont maîtres

À la question : "Parmi les personnes que vous avez rencontrées via un site ou une appli de rencontre, quelle est, d’après vous, la proportion de celles qui souhaitaient coucher avec vous sans la moindre intention d’avoir une relation sérieuse ?", les hommes estiment en moyenne que 39 % des femmes rencontrées voudraient coucher avec eux sans aucune intention par la suite. Du côté des femmes, "57 % des hommes rencontrés via ce type de plate-forme souhaitaient coucher avec elles sans la moindre intention d’avoir une relation sérieuse."

François Kraus, le directeur du département Genre, sexualité et santé sexuelle, qui a mené l’enquête, explique au Figaro, que ces applications poussent les utilisateurs à avoir une "sexualité récréative". Les adeptes de ces applications peuvent agir sous couvert d’anonymat, ils ne sont pas obligés de mettre leur vrai nom, ni même leurs photos. Ils peuvent raconter ce qu’ils veulent à propos d’eux. En clair, il est possible de s’inventer une vie, "ce qui favorise une banalisation de la sexualité sans lendemain : on s’inscrit uniquement dans le but de trouver une histoire d’un soir. Plutôt que de se masturber seul, on se masturbe avec le corps de l’autre." Le directeur de l’enquête explique qu’aujourd’hui, "dès que l’on éprouve de l’attirance pour une personne, ce n’est qu’une question de modalité avant de passer à l’acte. Nous vivons une sorte d’uberisation des rencontres amoureuses. Il est désormais aussi facile de se faire livrer un partenaire sexuel qu’une pizza ou des sushis."

Voilà qui dresse un tableau peu reluisant de ces sites de rencontres où l’on vante à tout va qu’il est possible de trouver l’amour avec un grand A. Ils servent pour beaucoup à prendre confiance en soi. De nombreux "like" sur une photo signifient que l’on plaît beaucoup, ce qui rassure. Ce comportement est surtout observé chez les femmes alors que les hommes utilisent plutôt ces applications pour améliorer leurs performances sexuelles. Au vu de ces résultats, Cendrillon 2.0 risque bien de ne jamais trouver son prince charmant sur la Toile.