Sexualité Dessiner un pénis d’un coup de crayon ? Facile. En voir dessiné un peu partout ? Fréquent. Difficile d’en dire autant pour l’organe sexuel féminin…

Vulve est un mot que notre société semble avoir du mal à articuler. Elle reste la grande absente des représentations du corps de la femme nue. En 2002, elle n’était toujours pas mentionnée dans les manuels scolaires de biologie dédiés à la reproduction et il a fallu attendre 2017 pour que le clitoris soit correctement représenté. La vulve est, par contre, bien présente dans les images et films pornographiques. Mais de manière "standardisée" : des grandes lèvres symétriques et étroites, qui dissimulent les petites lèvres. Une configuration loin d’être la norme puisque chez 75 % des femmes, les petites lèvres dépassent les grandes. Cet "obscurantisme" des représentations de la vulve allié à la mode de l’épilation intégrale pousse de plus en plus de jeunes femmes à complexer sur la forme de leur vulve parfois jusqu’à entreprendre une chirurgie pour réduire leurs lèvres.

Mais ce n’est pas tout, la vulve est aussi boudée par le langage commun qui lui préfère le mot vagin. L’amalgame pousse à voir les organes sexuels féminins comme un endroit vide, un défaut, un manque. Un manque qui ne demande qu’à être comblé… L’idée est renforcée par de nombreux penseurs occidentaux dont bien sûr Sigmund Freud. Il répand l’idée qu’une jeune femme ne peut atteindre l’orgasme que par la pénétration, le clitoris étant réservé aux petites filles. Jean-Paul Sartre émettra ensuite l’idée que la femme, trouée par nature, ne peut être complète qu’avec l’aide d’un homme.

Les organes sexuels féminins n’ont pourtant pas toujours été rejetés et cachés. Ils avaient une grande importance religieuse durant l’Antiquité et jusqu’à la fin du Moyen Âge. Le 18e siècle a été un âge d’or du clitoris : la croyance était que pour procréer, les femmes devaient jouir. Même l’Église catholique leur conseillait d’atteindre l’orgasme pour libérer leur tension sexuelle. Mais dans les années 1800, des médecins prétendent que la jouissance féminine provoque des maladies comme l’hystérie. Pour y remédier ? Appliquer un peu d’acide phénique pur sur le clitoris, conseille le Docteur Kellogg. Et le jour où la science montre que le plaisir féminin n’a aucune fonction reproductrice, le clitoris plonge dans l’oubli et la méfiance, jusque dans les pages du dictionnaire, où il est supprimé en 1930.

68 ans plus tard l’urologue australienne Helen O’Connell publie la première illustration détaillée de l’organe. D’autres études suivront et apporteront la preuve que Freud se trompait : les orgasmes vaginaux existent mais grâce au clitoris qui entoure le vagin. Vulve et clitoris reviennent donc doucement à l’avant de la scène. Mais doucement seulement : en 2017, une adolescente de 15 ans sur quatre ignorait toujours qu’elle avait un clitoris. On vise un meilleur score en 2019 ?