Le sexe masculin est représenté à toutes les sauces, mais vous savez à quoi ressemble le sexe féminin, vous ?

En février dernier, des grandes affiches style pop art se multipliaient dans les rues de certaines villes françaises. Dessus, on pouvait y lire "Ceci n’est pas un bretzel". D’autres affiches précisaient qu’il ne s’agissait pas non plus d’un alien ou d’une légende ni d’un fantôme. Au-dessus de ces slogans figurait inlassablement le même dessin qu’on ne voit presque jamais exposé où que ce soit : un clitoris. En les transformant en objets d’art et en les placardant sur les murs des villes, Julia Pietri et sa campagne "It’s not a bretzel", souhaitait que cesse le tabou autour de la sexualité féminine. Le sexe des femmes, elle le connaît bien, elle qui est créatrice de Merci Simone et qui se trouve aussi derrière le compte Instagram du Gang du clito et le livre Petit guide de la masturbation féminine.

"Les jeunes, et en particulier les filles, méconnaissent leur corps, et le plaisir féminin reste tabou : 84 % des filles de 13 ans ne savent pas comment représenter leur sexe alors qu’elles sont 53 % à savoir représenter le sexe masculin, et une fille de 15 ans sur quatre ne sait pas qu’elle a un clitoris", explique le Rapport relatif à l’éducation à la sexualité réalisé en 2016 par le Haut conseil à l’Égalité français. Cette ignorance, elle l’appelle l’analphabétisme sexuel. Et depuis plusieurs mois, d’autres femmes ont repris en main leur organe sexuel pour le faire connaître et attirer l’attention sur cette ignorance collective qui tourne autour de cette mystérieuse partie de l’anatomie féminine.

Vous savez le dessiner ?

Cette semaine, c’est aussi Daphné Leblond et Lisa Billuart qui mettent le clitoris sous le feu des projecteurs avec leur documentaire Mon nom est clitoris. Munies d’un marqueur et d’un cahier, elles ont demandé à douze jeunes femmes entre 20 et 25 ans de dessiner un clitoris. Et les résultats n’étaient malheureusement pas à la hauteur de ce qu’ils auraient été si on leur avait demandé de dessiner l’appareil masculin. "Entamer le film sur ce constat assez dur d’ignorance, cela pose beaucoup de questions. D’où vient cette ignorance, et comment avoir une sexualité épanouie dans ces conditions ? Les enjeux principaux du film sont posés avec cette séquence", confie Lisa Billuart.

En proposant ce documentaire dans le cadre du festival Pink Screens, elles veulent simplement rendre aux femmes ce qui leur appartient et leur apprendre ce qu’elles ont dans la culotte. Ce qui les dérange ? "C’était la censure dont la masturbation et le plaisir chez les filles faisaient l’objet. On s’est rendu compte que la première fois que nous avions abordé ce sujet, l’une comme l’autre, nous avions déjà 21 ans !", s’étonne Daphné. Et pour que ce tabou tombe enfin, il fallait oser témoigner et le nommer. "Oui, le nommer, c’est le faire exister, dans l’esprit comme dans le corps, dans la pensée comme dans la sensation. Dans le film, on souligne le pouvoir performatif du langage. Ne pas prononcer un mot, c’est invisibiliser la chose qu’il désigne", insiste encore Daphné.

À l’écran, les jeunes femmes racontent face caméra, dans un langage empreint de tendresse et de confidence, le parcours de leur sexualité depuis l’enfance. Dans leur chambre, dans leur intimité, elles s’adressent aux deux réalisatrices en proie aux mêmes questions. Elles se rappellent les premières sensations, les explorations hasardeuses, les conversations dans le noir et les obstacles inattendus. Toutes sont mues, chacune à sa manière, par un même élan : la quête d’une sexualité épanouissante, libre et égalitaire.