Aurore: "Le porno, c'est comme la prostitution"

Frédéric Seront

BRUXELLES A la voir comme ça, rien ne distingue Aurore de n'importe quelle autre femme. Et pourtant, cette jeune fille de 23 ans a déjà de nombreux films X à son actif. On pourra la découvrir à l'oeuvre dans le documentaire que diffusera la RTBF mercredi. Mais, derrière une image libertine, notre Liégeoise cache en fait des blessures d'enfance. Nous l'avons rencontrée...

À quel âge avez-vous tourné votre premier film X ?

"À 19 ans. Au début, j'aurais préféré faire des films normaux. Puis, je me suis dit pourquoi pas du X. Je suis rentrée dans un sex-shop pour trouver les coordonnées d'un producteur. Et ça fait près de quatre ans que ça dure."

Qu'est-ce qui vous plaît là-dedans ?

"Quand je suis sur un plateau, j'ai comme une relation avec la caméra, je me dis qu'il y a des milliers de gens qui vont me voir à la télé, qu'on va peut-être me reconnaître en rue. Ce besoin de reconnaissance remonte à mon enfance, lorsque j'étais oubliée par mes parents dans un petit coin. Beaucoup de gens qui sont dans ce métier ont connu un traumatisme étant petits."

Vous-même, vous avez été abusée sexuellement...

"Quand j'avais 6 ans, un ami de mon père m'a abusée. Mes parents m'ont alors mise dans une famille d'accueil, où j'ai été abusée pendant quatre ans ! À partir de l'âge de 17 ans, j'ai commencé à me prostituer pour gagner de l'argent. Il est prouvé que trois quarts des filles qui se prostituent ont été abusées durant leur enfance. On nous a déjà pris notre corps, on est dès lors prêtes à aller plus loin."

Vous vous prostituez toujours ?

"Non, j'ai arrêté il y a deux mois. Mais je continue le porno."

Vous faites une différence entre la pornographie et la prostitution ?

"Non, pour moi, c'est la même chose. La pornographie, c'est la prostitution télévisée. Dans les deux cas, on nous paye pour avoir des relations sexuelles. Par contre, le porno est moins dangereux. On ne risque pas d'être attrapée par un mac."

Le porno, ça rapporte ?

"Pas vraiment. Je suis au chômage et quand je tourne un film, je touche entre 100 et 400 euros. Ce sont des défraiements. Quant aux hommes, ils font ça généralement gratuitement."

Vous avez des orgasmes durant les tournages ?

"Non. Je fais mon boulot, c'est tout, mais je ne prends pas de plaisir."

Il y a parfois certains partenaires qui vous rebutent ?

"Oui, bien sûr, ça arrive. Ce n'est pas une question de physique, mais plutôt de respect. Si le mec me prend pour un paquet de viande, il peut aller se faire voir. On reste des êtres humains !"

Vous aimeriez faire carrière en France ?

"Non, car justement c'est un marché de viande. Ce n'est pas l'image que j'ai envie de donner de moi."

Quelle image voulez-vous donner ?

"Celle d'une femme battante qui sait où elle veut aller et qui va y arriver. J'aimerais me faire une place dans le cinéma normal. Je préférerais être Angelina Jolie que Clara Morgane !"



© La Dernière Heure 2007

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