Une date de péremption pour les animateurs télé ?

En Belgique, rares sont ceux qui, une fois passée la cinquantaine, restent sur le petit écran…

Aurélie Parisi et L.C.C.
Une date de péremption pour les animateurs télé ?
©Marie-Laurence Harot (France 3)

En Belgique, rares sont ceux qui, une fois passée la cinquantaine, restent sur le petit écran… Ce lundi, le monde de l’audiovisuel et les téléspectateurs apprenaient, indignés, le licenciement inattendu de Julien Lepers, 66 ans, présentateur historique de Questions pour un champion sur France 3.

Après 27 ans de bons et loyaux services, celui qui ne pensait pas être sur la sellette il y a à peine un an, se retrouve hors circuit, laissant sa place à une présentatrice plus jeune.

C’est en tout cas ce que souhaiterait France Télévisions qui tente de rajeunir et de féminiser ses chaînes…

Y aurait-il un âge limite pour pouvoir animer une émission de télévision ? Si les Drucker, Sébastien, Foucault et compagnie nous prouvent pourtant le contraire en France, quel constat pour la Belgique ?

Si à soixante ans, Philippe Malherbe reste toujours dans la course en présentant Coûte que coûte , programme phare de RTL-TVi, on se demandait si Philippe Soreil et Guy Lemaire, respectivement présentateurs de La clé des champs et Télétourisme , auraient repris du service suite aux naufrages de leurs deux paquebots ertébéens. Cela n’a pas été le cas.

Évincé de RTL-TVI l’année dernière, Alain Simons, 53 ans, ne pense pas que son départ inattendu soit dû à l’âge mais plutôt à "des raisons plus humaines. Un dirigeant peut dire à un moment donné qu’il n’a plus envie de voir telle ou telle personne" , explique celui qui aujourd’hui s’épanouit au micro de VivaCité Charleroi (RTBF). "C’est vrai que les gens qui arrivent dans la cinquantaine sont de plus en plus écartés. Mais ça se passe dans tous les domaines, autant dans les supermarchés qu’à la télévision. Il y a une sorte de nettoyage générationnel. On devient peut-être trop chers, on estime qu’on va peut-être avoir une maladie. Puis, les jeunes sont souvent préférés car ils travaillent pour moins cher…"

S’il reste encore quelques animateurs de plus de cinquante ans sur le petit écran, on ne peut pas en dire autant des animatrices. Les quinquas féminines se font de plus en plus rares.

Sabine Mathus, 51 ans, ex-animatrice de RTL-TVI ( Face à Face ) évincée il y a deux ans, parle, quant à elle, d’adéquation entre l’émission et son présentateur : "Je ne pense qu’il est question d’âge mais plutôt d’un concept d’émission qui correspond plus à un animateur qu’un autre. En fonction de l’émission, on demandera un animateur plus expérimenté" , explique-t-elle avant de revenir sur la nouvelle génération qui débarque sur les écrans : "S’il y a des animatrices plus jeunes aujourd’hui à la télévision, ce n’est pas simplement pour une question d’image. Cela ne s’arrête pas là. Le boulot d’une animatrice n’est pas si facile. Il faut être télégénique, avoir du charisme, savoir de quoi on parle. C’est tout un travail et ce n’est pas donné à tout le monde."

Deux ans après son départ de la chaîne privée, Sabine Mathus n’exclut cependant pas un retour sur le petit écran dans l’avenir.

"Tuer une icône avant l'usure: un risque"

Claire Chazal, Philippe Bouvard, Alain Simons, Julien Lepers... Tous ont été évincés d’antenne au bout de plus de 20 ans de carrière. Jugés trop vieux par leurs chaînes respectives, ils ont accusé la sentence avec plus ou moins de ressentiment.

Virer des personnes connues et d’expérience pour les remplacer par des jeunes, une mode ? "Les chaînes estiment probablement qu’on arrive à une fin de cycle pour les présentateurs et/ou émissions de télévision" , explique Nicolas Baygert, professeur de communication à l’Ihecs et à l’ULB. "Ils préfèrent arrêter tant que cela a toujours du succès, avant qu’il ne soit trop tard."

Mais, selon le spécialiste, il y a méprise. "Les producteurs et directeurs de chaînes pensent que les animateurs sont interchangeables. Or, aujourd’hui, on se rend compte que c’est l’animateur qui est la pièce maîtresse. Sans lui, l’émission perd de son intérêt. Questions pour un champion est clairement associé à Julien Lepers..."

Parfois, cela marche. " I l y a des exemples réussis, comme celui de Philippe Bouvard remplacé aux Grosses Têtes par Laurent Ruquier qui a ramené sa tribu de chroniqueurs."

La chaîne qui suspend un animateur présent depuis des décennies à l’antenne prend "de gros risques" selon le spécialiste. "Car, en plus de juger la performance du présentateur, on juge son capital sympathie. Ces personnes amènent leur public."

Et le public de certaines émissions est lui aussi d’un certain âge... "En prenant pareilles décisions, les chaînes se coupent d’un certain public. Ces animateurs présents depuis plusieurs années sont des icônes. Ils font partie de la culture mainstream. C’est un grand risque de vouloir tuer l’icône avant qu’elle ne s’use..."

M. Baygert pense qu’à l’instar de la Roue de la fortune , une "nostalgie naîtra dans quelques années. On va ressusciter le concept mais ça ne prendra pas parce qu’il était lié au présentateur..."

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