Infrabel envisage de supprimer cinq lignes ferroviaires : "Il n’y aura pas de fermeture de ligne sous cette législature", répond le ministre Gilkinet

Infrabel explique son projet, qui n'est pas définitif, par les restrictions budgétaires imposées par le gouvernement fédéral.

Y. N.
Infrabel envisage de supprimer cinq lignes ferroviaires : "Il n’y aura pas de fermeture de ligne sous cette législature", répond le ministre Gilkinet
©belga

Le gestionnaire du réseau ferroviaire belge Infrabel va-t-il procéder à la suppression de cinq lignes ferroviaires à l’horizon 2024. A en croire la récente présentation du CEO Benoît Gilson au personnel et relayée par le site Lpost, l’intention serait bel et bien là, et serait due aux économies budgétaires imposées par le gouvernement fédéral. Parmi les lignes concernées, trois sont wallonnes : les lignes 132 Charleroi-Mariembourg, 134 Mariembourg-Couvin, et 287 Ath-Ghislenghien. En Flandre, les lignes 154 Heike-Saint-Nicolas et 157 Termonde-Lokeren sont concernées. La liaison vers les carrières de Les Petons (Walcourt), la CUP (Lessines) de la Carmeuse et de Gefco ainsi que vers le port autonome de Liège seraient également supprimées, confie Lpost, tandis que plusieurs autres investissements seraient reportés ou partiellement réalisés.

Par ailleurs, Infrabel envisagerait également de ralentir la vitesse commerciale sur certains sillons. Ce qui impacterait les temps de trajet de 302 trains de marchanises et 1764 trains de voyageurs chaque jour.

Le plan envisagé par Infrabel serait imposé par des restrictions budgétaires. Ce que confirme à demi-mot Infrabel. “Avec un budget de X millions d’euros, Infrabel peut faire un certain nombre d’investissements, nous confie-t-on chez Infrabel. Avec un budget de X moins 20 millions d’euros, il y a toute une série d’investissements qu’Infrabel ne pourra pas réaliser.”

Conséquence, il faut faire des choix. Et sacrifier les lignes les moins rentables. “Les discussions avec le gouvernement fédéral sont toujours en cours et rien n’est acté définitivement”, tient à préciser Infrabel.

Du côté des navetteurs, le projet suscite l'indignation. "Les décisions de fermeture de lignes touchent davantage la Wallonie que la Flandre, parce que le réseau wallon est en plus mauvais état que dans le nord du pays, déplore Gianni Tabbone, porte-parole de l'association Navetteurs.be. Les responsables politiques, tant de la majorité que dans l’opposition, ont une responsabilité. L’opposition doit demander des comptes. Les scénarios sont assez catastrophiques."

Contacté, le ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet, précise que "l’Accord de gouvernement a fait le choix d’une mobilité plus durable en investissant enfin dans le rail. Et je fais tout depuis presqu’un an pour soutenir et redéployer le rail en Belgique. Il n’y aura pas de fermeture de ligne sous cette législature, tout au contraire, nous continuerons à renforcer le réseau !

Georges Gilkinet précise que les réductions de moyens, décidées à Egmont lors de la formation du Gouvernement, "sont imposées de façon linéaire à toutes les entités dépendant de l’Etat fédéral, y compris à Infrabel, dans le cadre de l’effort budgétaire fédéral. S’il est ici question pour 2021 de 6 millions et pour 2022 de 17 millions d’économie pour Infrabel, j’ai déjà pu dégager bien davantage d’investissement pour le rail en quelques mois. Avec le Plan Boost et les moyens européens, nous avons d’ores et déjà dégagé 365 millions d’euros en faveur de nouveaux investissements dans le domaine ferroviaire. Grâce à cela, aujourd’hui, aucun chantier n’est à l’arrêt et ni aucune ligne n’est fermée. Tout au contraire, des chantiers sont en cours aux quatre coins du pays."

En tant que Ministre fédéral de la Mobilité, Georges Gilkinet se dit confronté à "un héritage difficile". Entre 2014 et 2020, le précédent gouvernement avait en effet décidé une réduction budgétaire "exorbitante" d'un milliard d’euros pour Infrabel. "Ces coupes budgétaires du passé nous ont laissé un réseau ferroviaire dans un état critique. Depuis le début de la législature, je mets tout en œuvre pour inverser cette tendance. Nous avons besoin d’investissements massifs dans la transition durable du pays et dans le rail en particulier. Car un euro investi dans le rail génère trois euros de retours directs et indirects dans l’économie belge. Et je continue de rechercher des moyens nouveaux, partout où c’est possible, dans le cadre du prochain conclave budgétaire mais aussi au plan européen pour faire du rail la colonne vertébrale de la mobilité de demain et doubler le volume de marchandises transportées par chemin de fer en 2030, tel que le prévoit l’accord de Gouvernement."

Par ailleurs, une vingtaine d'organisations (dont Infrabel et des fédérations sectorielles et patronales) ont présenté mardi leur "Rail roadmap 2030", soit leur plan permettant de doubler le fret ferroviaire à l’horizon 2030. Face aux défis climatiques, économiques et sociaux, "la multimodalité doit devenir une réalité", a plaidé l'administrateur délégué de la Fédération des Entreprises de Belgique, Pieter Timmermans. Le fret ferroviaire représente actuellement environ 10% du transport de marchandises en Belgique, pour 73% par routes. Les défis sont donc nombreux pour atteindre l'objectif. Le transport par rail doit devenir plus rapide et plus compétitif, estiment les parties prenantes. Cela passera notamment par des investissements dans le gestionnaire du réseau Infrabel.

Les besoins identifiés sont notamment l'entretien et le renouvellement continu de l'infrastructure, mais aussi l'augmentation des capacités là où c'est le plus pertinent ainsi qu'un focus sur l'innovation. "Il faut que demain, il soit aussi facile de réserver un sillon que d'acheter une robe sur internet", n'hésite pas à affirmer le CEO d'Infrabel, Benoit Gilson.

Pour ce faire, "il faut qu'il y ait une stabilité dans les investissements", soit une vision à moyen/long terme de cinq à 10 ans, estime-t-il. Outre ces investissements, les acteurs attendent des autorités politiques qu'elles assurent une "modification pragmatique de la réglementation, la mise en oeuvre d'un contrat de performances pour Infrabel, une internalisation plus importante des coûts externes en ligne avec les décisions européennes et des mesures de soutien ciblées sur la multimodalité".

Les ministres régionaux et fédéral de la Mobilité, Elke Van den Brandt, Lydia Peeters, Philippe Henry et Georges Gilkinet, saluent "une vision commune tant sur des objectifs que sur l'ambition". Tous les quatre s'accordent sur l'importance d'encourager la multimodalité, tant d'un point de vue écologique, qu'économique et social.

Si les Régions disposent de certains leviers pour l'encourager, c'est au fédéral que revient la responsabilité du financement d'Infrabel. "Il y a une volonté du gouvernement d'investir", affirme le ministre Gilkinet. Les taux d'intérêt actuels l'y incitent et "un euro investi dans le rail en génère 3 pour l'économie", selon une étude de Deloitte citée par M. Gilkinet. "J'espère pouvoir traduire politiquement les intentions présentées aujourd'hui", conclut-il.

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